{"id":455,"date":"2013-06-04T17:54:18","date_gmt":"2013-06-04T16:54:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.theb4.fr\/vivre-livres\/?p=455"},"modified":"2014-01-13T09:28:19","modified_gmt":"2014-01-13T07:28:19","slug":"conscience-cosmique-dossier-special","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.theb4.fr\/vivre-livres\/conscience-cosmique-dossier-special\/","title":{"rendered":"Conscience Cosmique (Dossier sp\u00e9cial)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: xx-large;\"><strong>V<\/strong><\/span>oici un t\u00e9moignage quasi contemporain d&rsquo;un personnage c\u00e9l\u00e8bre et qui est devenu, de nos jours, un classique repris par la psychologie transpersonnelle et cit\u00e9 m\u00eame dans les enseignements de la Rose-Croix&#8230;<br \/>\nNotez les termes et expressions qu&#8217;emploie <strong>Richard Bucke<\/strong> pour expliquer son exp\u00e9rience&#8230;<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Richard Maurice Bucke<\/strong> (1837-1902)<\/p>\n<p>Richard M. Bucke, psychiatre canadien, publie en 1901, la premi\u00e8re analyse de t\u00e9moignages de ce qu\u2019il nomme la \u00ab <em>conscience cosmique <\/em>\u00bb. Dans cet ouvrage, devenu un classique du <em>Transpersonnel<\/em>, l\u2019auteur suppose que les cas de conscience cosmique deviennent de plus en plus fr\u00e9quent ou, en tous cas, le plus souvent exprim\u00e9. Le t\u00e9moignage suivant relate le propre v\u00e9cu du psychiatre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/Richard-M.-Bucke.jpg\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais dans un \u00e9tat de joie tranquille et presque passive, sans vraiment penser, mais laissant les id\u00e9es, les images et les \u00e9motions d\u00e9filer d\u2019elles-m\u00eames dans mon esprit. Tout \u00e0 coup, sans aucun avertissement, je me suis senti envelopp\u00e9 dans un nuage de la couleur d\u2019une flamme.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>Pendant un instant je pensais \u00e0 du feu, une immense conflagration quelque part pr\u00e8s de la grande ville ; ensuite, je me rendis compte que le feu se situait en moi-m\u00eame. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s je fus envahi par un sentiment d\u2019exulter, une joie immense accompagn\u00e9e ou imm\u00e9diatement suivie par une illumination intellectuelle, impossible \u00e0 d\u00e9crire. <\/em><\/p>\n<p><em>Entre autres choses, je n\u2019avais pas \u00e0 y croire tout simplement, mais je vis que l\u2019univers n\u2019\u00e9tait pas compos\u00e9 de mati\u00e8re morte, mais qu\u2019il est au contraire une Pr\u00e9sence vivante ; je devenais conscient en moi-m\u00eame de la vie \u00e9ternelle. Ce n\u2019\u00e9tait pas une conviction suivant laquelle j\u2019aurai une vie \u00e9ternelle, mais une conscience de poss\u00e9der \u00e0 ce moment la vie \u00e9ternelle. <\/em><\/p>\n<p><em>Je vis que tous les hommes sont immortels, que l\u2019ordre cosmique est fait de telle mani\u00e8re que, sans aucun doute, toutes les choses travaillent ensemble pour le bien de chacun et de tous, que le principe fondamental du monde, de tous les mondes, est ce que nous appelons l\u2019amour et que le bonheur de chacun et de tous est en fin de compte absolument certain. <\/em><\/p>\n<p><em>La vision a dur\u00e9 quelques secondes et se dissipa, mais sa m\u00e9moire et le sens de r\u00e9alit\u00e9 de ce qu\u2019elle exprimait continua pendant ce quart de si\u00e8cle qui s\u2019est pass\u00e9 depuis. Je savais que ce que cette vision m\u2019a montr\u00e9 \u00e9tait vrai. J\u2019avais atteint un point d\u2019observation du haut duquel je vis que cela devait \u00eatre vrai. Cet horizon, cette conviction, je dirai cette conscience n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 perdue, m\u00eame dans des p\u00e9riodes de d\u00e9pression profonde.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Richard Maurice Bucke, <em>Cosmic consciousness<\/em>, New York, Dutton, 1969.<\/p>\n<p>Source : <em>\u00ab\u00a0Revue 3eMill\u00e9naire\u00a0\u00bb<\/em> lien direct de la source : <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/lire\/lire.php?pid=503&amp;art_ident=489&amp;PHPSESSID=a0b8ad419d78d066104d4d93b7e4404b\" target=\"_blank\">http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/lire\/lire.php?pid=503&amp;art_ident=489&amp;PHPSESSID=a0b8ad419d78d066104d4d93b7e4404b<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>_________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>J. Krishnamurti<\/strong> (1895-1986)<\/p>\n<p>L\u2019enfance de Krishnamurti est \u00e9maill\u00e9e d\u2019intenses exp\u00e9riences de conscience, dont celle relat\u00e9e ci-dessous. Plus tard, lors de ses tr\u00e8s nombreuses causeries donn\u00e9es de par le monde, il enseignera que toute exp\u00e9rience, m\u00eame spirituelle, conduit \u00e0 conditionner l\u2019esprit. La m\u00e9ditation, dont il t\u00e9moignera, sera alors, selon ses propres termes, \u00ab destruction de la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, car \u00ab elle est un danger pour ceux qui veulent mener une vie superficielle faite de mythe et de chim\u00e8re \u00bb *<br \/>\n<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/Krishnamurti.jpg\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le 17 ao\u00fbt, j\u2019ai ressenti une douleur aigu\u00eb \u00e0 la nuque et j\u2019ai d\u00fb interrompre ma m\u00e9ditation au bout d\u2019un quart d\u2019heure. Au lieu de diminuer comme je l\u2019esp\u00e9rais, la douleur empira. Elle atteignit son maximum le 19. Je ne pouvais ni penser, ni faire quoi que ce soit, et mes amis m\u2019oblig\u00e8rent \u00e0 m\u2019\u00e9tendre sur mon lit. Puis, j\u2019ai presque perdu connaissance, mais je savais tout ce qui se passait autour de moi. Je revenais \u00e0 moi chaque jour vers midi.<\/p>\n<p>Le premier jour, tandis que je me trouvais dans cet \u00e9tat, et mieux conscient des choses autour de moi, j\u2019ai eu une premi\u00e8re exp\u00e9rience tr\u00e8s extraordinaire. Je voyais un homme r\u00e9parer la route ; cet homme, c\u2019\u00e9tait moi ; le maillet qu\u2019il tenait c\u2019\u00e9tait moi ; la pierre qu\u2019il cassait \u00e9tait une partie de moi ; le brin d\u2019herbe tendre \u00e9tait mon \u00eatre m\u00eame, et l\u2019arbre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019homme c\u2019\u00e9tait moi\u2026 Je pouvais presque penser et sentir comme le cantonnier ; je pouvais sentir le vent passer \u00e0 travers l\u2019arbre et la petite fourmi sur le brin d\u2019herbe.<\/p>\n<p>Les oiseaux, la poussi\u00e8re, le bruit m\u00eame, faisaient partie de moi. Juste \u00e0 ce moment, une auto passa non loin de l\u00e0 ; j\u2019\u00e9tais le conducteur, le moteur, les pneus. Tandis que la voiture s\u2019\u00e9loignait, je m\u2019\u00e9loignais aussi de moi-m\u00eame. Je me confondais avec toute chose , ou plut\u00f4t chaque chose se confondait avec moi, inanim\u00e9e ou anim\u00e9e, la montagne, le vers, et tout ce qui respire. Tout au long de la journ\u00e9e je suis rest\u00e9 dans cet heureux \u00e9tat. Je ne pouvais rien manger, et vers six heures, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me retirer de mon corps physique\u2026 \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mary Luytens, <em>Krishnamurti. Les ann\u00e9es de l\u2019\u00e9veil<\/em>, Ed. Arista, 1982, p. 183. * J. Krishnamurti, Carnets, Ed. du Rocher, 1988, p. 125.<\/p>\n<p>(M\u00eame source et r\u00e9f\u00e9rence que pr\u00e9c\u00e9demment)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Le Veilleur Silencieux<\/h3>\n<p><strong><em>Serge Pastor<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Proche de l\u2019enseignement de J. Krishnamurti, Serge Pastor est enseignant et r\u00e9\u00e9ducateur en psychop\u00e9dagogie aupr\u00e8s d\u2019une population d\u2019enfants et d\u2019adolescents en difficult\u00e9. Son exp\u00e9rience, il la raconte par l\u2019exp\u00e9rience de la rencontre avec ce qu\u2019il nomme le Veilleur Silencieux.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/SergePastor.jpg\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma rencontre avec le Veilleur Silencieux s\u2019est produite un soir de printemps.<br \/>\nA l\u2019arri\u00e8re-plan de l\u2019agitation et du jacassement mental incessant de l\u2019Ego, se tient, calme et immobile, le Veilleur Silencieux.<br \/>\nJe ne l\u2019attendais pas. Je ne Le connaissais pas. Je n\u2019en avais m\u00eame jamais entendu parler, ni dans mes lectures, ni dans mes rencontres.<br \/>\nPourtant, au soir de ce 21 avril 2001, alors que j\u2019\u00e9tais assis sur un rocher, dans une petite crique au bord de la Mer M\u00e9diterran\u00e9e, face \u00e0 la splendeur iris\u00e9e d\u2019un coucher de soleil dont les derniers rayons caressaient et r\u00e9chauffaient tout mon corps, Il est venu \u00e0 moi, sans pr\u00e9venir.<\/p>\n<p>Alors m\u00eame que j\u2019observais avec joie les perles dor\u00e9es de lumi\u00e8re scintillante qui retombaient \u00e0 chaque fracas de vague sur les parois rocheuses, Il a surgi de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un souffle bienfaisant et aimant de feu et de glace, balayant tout sur son passage telle une lame d\u00e9ferlant sur le fr\u00eale esquif de ma personnalit\u00e9 litt\u00e9ralement mise devant le fait accompli.<\/p>\n<p>Instantan\u00e9ment, une paix m\u00eal\u00e9e d\u2019un profond sentiment chaleureux d\u2019amour pour toute la cr\u00e9ation, envahit tout mon \u00eatre.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais un et en m\u00eame temps multiple. J\u2019\u00e9tais le corps, le rocher, la mer, le soleil, le ciel, la terre.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un avec ces rares voiliers qui rentraient au port, avec ces mouettes au loin, ces personnes qui se h\u00e2taient de rentrer en marchant le long du sentier du littoral. L\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur ne formaient qu\u2019un tout sans aucune fronti\u00e8re, aucune s\u00e9paration.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 la fois l\u2019observateur et la chose observ\u00e9e, sans mot, sans forme-pens\u00e9e ou id\u00e9e pour tenter de traduire quoi que ce soit.<br \/>\nEn cet \u00e9tat, aucun conflit, aucun choix, aucune attente ne me perturbaient. Une qui\u00e9tude infinie m\u2019envahissait. Une pr\u00e9sence une et totale \u00e0 la vie.<br \/>\nUne s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ind\u00e9fectible, \u00e9ternelle, coexistait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de moi, et semblait me traverser.<\/p>\n<p>L&rsquo;Ego encapsul\u00e9 de chair, gain\u00e9 et enserr\u00e9 dans ce corps s\u00e9par\u00e9 qui d\u00e9ambulait il y a quelques minutes au bord de la plage, avait purement et simplement disparu.<br \/>\nLa respiration de mon corps \u00e9pousait le mouvement de la vie. Elle \u00e9tait lente et s\u2019emplissait, se nourrissait d\u2019elle-m\u00eame, un peu comme si je me respirais \u00e0 moi-m\u00eame, sans int\u00e9rieur ni ext\u00e9rieur \u00e0 combler, sans espace-temps \u00e0 remplir.<br \/>\nDans cet ici et maintenant, j\u2019\u00e9tais le monde.<br \/>\n[\u2026]<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un \u00eatre neuf, celui que j\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9 et que j\u2019ignorais totalement jusqu\u2019\u00e0 ce 21 avril. Le Silence \u00e9tait l\u00e0, tout simplement, et \u201cje\u201d n\u2019\u00e9tais plus une entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re. Je\u201d \u00e9tait le monde, ce que j\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9.<br \/>\nLe \u201cmoi\u201d avait baiss\u00e9 la garde et, ne le nourrissant plus, il se mourait \u00e0 lui-m\u00eame. Un processus de vie et de mort instantan\u00e9es s\u2019op\u00e9ra alors \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi, un peu comme si une \u201cliquidation\u201d de mes vieilles peaux \u00e9tait engag\u00e9e. Durant ce processus transformationnel, je vis, tel un spectateur aimant et joyeux, \u201cl\u2019ancien moi\u201d r\u00e9sister et ne voulant pas se vider de sa substance. Avec la plus grande simplicit\u00e9 qui soit, je renon\u00e7ai \u00e0 son pouvoir, \u00e0 son autorit\u00e9 d\u2019autrefois, \u00e0 son lot de mesquineries, \u00e0 tous ses faux-semblants. Sa fausset\u00e9 m\u2019apparut avec lucidit\u00e9.<\/p>\n<p>Un sens int\u00e9rieur prit naissance.<br \/>\nLe Veilleur Silencieux que je ressentais comme non-langage, non-verbal, non-formel, \u201cparlait\u201d en moi, \u00e0 travers tout mon \u00eatre.<br \/>\n[\u2026]<\/p>\n<p>Le Veilleur Silencieux a surgi comme la brise du matin caresse le visage de l\u2019enfant lorsqu\u2019il ouvre la fen\u00eatre de sa chambre et de son c\u0153ur.<br \/>\nIl est rest\u00e9 pr\u00e9sent durant plus d\u2019un mois.<br \/>\n[\u2026]<\/p>\n<p>Chaque matin, entre 3 h et 6 h, le Veilleur Silencieux \u00e9mergeait instantan\u00e9ment et avec bienveillance de mon \u00eatre int\u00e9rieur, suite \u00e0 tout questionnement que je me posais. A chaque contact, le lien fut<br \/>\nlimpide, authentique, pur, sans aucune \u00e9quivoque possible.<\/p>\n<p><em><strong>Serge Pastor<\/strong><\/em>, extraits de l\u2019avant-propos, L&rsquo;\u00c9croulement de la Forteresse de l\u2019Ego ou l\u2019\u00c9closion de l\u2019Amour, A.L.T.E.S.S.E., 2004.<\/p>\n<p>(<em>source idem<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>__________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>La porte s\u2019est ouverte<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Jacob Boehme<\/strong> (1575 -1624)<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9 le \u00ab <em>philosophe teutonique<\/em> \u00bb, <strong>Jacob Boehme<\/strong>, ma\u00eetre cordonnier, se mit \u00e0 \u00e9crire \u00e0 la suite de plusieurs illuminations. Il est consid\u00e9r\u00e9, avec Ma\u00eetre Eckhart, comme le p\u00e8re de la philosophie allemande.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/JacobBoehme.jpeg\" align=\"right\" border=\"0\" \/> Je n\u2019ai jamais d\u00e9sir\u00e9 conna\u00eetre quelque chose du Myst\u00e8re divin. Je comprenais encore moins de quelle fa\u00e7on je pouvais le chercher ou le trouver. Je n\u2019en savais pas plus que de simples la\u00efcs. J\u2019ai uniquement cherch\u00e9 le c\u0153ur de J\u00e9sus-Christ pour y trouver refuge devant la terrible col\u00e8re de Dieu et les attaques du diable. Et j\u2019ai pri\u00e9 ardemment Dieu de me donner son Esprit saint et la gr\u00e2ce de me b\u00e9nir, de me conduire, de m\u2019enlever ce qui pouvait m\u2019\u00e9loigner de lui, de me conduire, de m\u2019enlever ce qui pouvait m\u2019\u00e9loigner de lui, de me rendre enti\u00e8rement \u00e0 lui de fa\u00e7on que je ne vive point suivant ma volont\u00e9, mais selon la sienne ; j\u2019ai pri\u00e9 pour que lui seul me dirige et que je puisse \u00eatre son enfant dans son fils J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>Dans cette recherche et ce d\u00e9sir (j\u2019ai support\u00e9 de violentes attaques mais, au risque de ma vie, je ne voulais pas abandonner), la porte s\u2019est ouverte devant moi de sorte que j\u2019ai pu voir et apprendre en un quart d\u2019heure plus que si j\u2019avais fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019Universit\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es. Cela m\u2019a grandement \u00e9tonn\u00e9, je ne savais comment cela avait pu se r\u00e9aliser et mon c\u0153ur se mit \u00e0 louer Dieu. Car j\u2019ai vu et j\u2019ai connu l\u2019essence de tous les \u00eatres, le fondement et le n\u00e9ant. Et aussi la naissance de la Sainte Trinit\u00e9 et l\u2019origine et l\u2019\u00e9tat premier de ce monde et de toutes les cr\u00e9atures dans la Sagesse divine.<\/p>\n<p>J\u2019ai connu et j\u2019ai vu en moi-m\u00eame les trois mondes : le monde divin, ang\u00e9lique et paradisiaque, le monde des t\u00e9n\u00e8bres, fondement de la nature ign\u00e9e, et ce monde ext\u00e9rieur et visible comme cr\u00e9ature engendr\u00e9e ou exprim\u00e9e par les deux mondes spirituels int\u00e9rieurs. J\u2019ai vu et j\u2019ai connu toute l\u2019essence, dans le mal et dans le bien, comment l\u2019un est fond\u00e9 sur l\u2019autre et en provient, comme la m\u00e8re d\u2019une accouch\u00e9e. Non seulement, j\u2019en ai \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9, mais encore rempli de joie.<\/p>\n<p>Tout de suite, je connus dans mon esprit le dessein de la consigner en un M\u00e9morial. Mais, en mon moi ext\u00e9rieur, je ne pouvais saisir cela que fort difficilement et, pour le mettre par \u00e9crit, je me mis \u00e0 travailler imm\u00e9diatement sur ce grand myst\u00e8re, comme un enfant qui va \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dans mon int\u00e9rieur, je l\u2019ai bien vu dans toute sa profondeur ; ensuite, je l\u2019ai per\u00e7u comme un chaos au fond duquel tout repose. Mais il m\u2019\u00e9tait impossible de le d\u00e9velopper. Cependant, de temps en temps, cela s\u2019ouvrait en moi comme une plante.<\/p>\n<p>Pendant douze ans, je n\u2019ai cess\u00e9 de revenir l\u00e0-dessus et cela m\u00fbrissait en moi tout en engendrant une violente pression avant que je ne puisse le porter \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Un moment donn\u00e9, cela tomba sur moi comme une averse : ce qu\u2019elle atteint, elle ne le manque pas. C\u2019est ainsi que cela m\u2019est arriv\u00e9. Ce que je pouvais saisir et exprimer, je l\u2019ai \u00e9crit.<\/p>\n<p><strong><em>Jacob Boehme<\/em><\/strong>, <em>Confessions<\/em>, Fayard, 1973.<\/p>\n<p>(<em>Source idem<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>__________________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>L\u2019\u00e9veil de l\u2019attention au monde sensible<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Rudolf Steiner<\/strong> (1861-1925)<\/p>\n<p>Rudolf Steiner est le fondateur de <span style=\"color: #800000;\"><em>l\u2019anthroposophie<\/em><\/span> dont le si\u00e8ge, le fameux Goetheanum, situ\u00e9 \u00e0 B\u00e2le en Suisse fait partie des \u0153uvres architecturales les plus remarquables du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. P\u00e9dagogue (\u00e9coles Waldorf\/Steiner), chercheur scientifique (m\u00e9decine anthroposophique, agriculture biodynamique), artiste cr\u00e9ateur (architecture, l\u2019art de l\u2019Eurythmie, etc.), R. Steiner fut autant philosophe (archiviste des \u0153uvres scientifiques de Goethe) qu\u2019\u00e9sot\u00e9riste.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019\u00e9sot\u00e9riste, il proposa une \u201cscience spirituelle\u201d fond\u00e9e \u00e0 la fois sur des notions \u201coccultes\u201d (corps \u00e9th\u00e9rique, astral, etc.) et \u00e0 la fois sur une d\u00e9marche de connaissance de soi. En tant que philosophe, il montra que cette derni\u00e8re pouvait \u00eatre beaucoup plus pr\u00e9cise, d\u00e8s lors que nous comprenions profond\u00e9ment nos processus d\u2019observation et de penser. Par son \u00e9pist\u00e9mologie de la pens\u00e9e g\u0153th\u00e9enne, il ouvrit une voie d\u2019investigation du monde ax\u00e9e sur une connaissance ph\u00e9nom\u00e9nologique du vivant.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/Rudolf-Steiner.jpg\" align=\"right\" border=\"0\" \/> A la fin de mon s\u00e9jour \u00e0 Weimar, j\u2019avais derri\u00e8re moi 36 ann\u00e9es de vie. D\u00e9j\u00e0, auparavant, une profonde transformation s\u2019\u00e9tait faite dans mon \u00e2me, mais, \u00e0 mon d\u00e9part de Weimar, elle se transforma en exp\u00e9rience d\u00e9cisive et ce fut ind\u00e9pendamment des circonstances ext\u00e9rieures qui, elles aussi, devenaient tr\u00e8s diff\u00e9rentes. L\u2019exp\u00e9rience de ce qui peut \u00eatre v\u00e9cu dans le monde de l\u2019esprit m\u2019avait toujours \u00e9t\u00e9 naturelle ; j\u2019\u00e9prouvais en revanche la plus grande difficult\u00e9 \u00e0 saisir, par l\u2019\u00e9tude, le monde sensible ; c\u2019\u00e9tait comme si je n\u2019avais pu r\u00e9pandre assez profond\u00e9ment, dans les organes des sens, la lumi\u00e8re de l\u2019exp\u00e9rience psychique, afin d\u2019embrasser, par le regard de l\u2019\u00e2me, les perceptions <em>sensibles<\/em> dans toute leur pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p>Il en fut tout autrement d\u00e8s le d\u00e9but de ma trente sixi\u00e8me ann\u00e9e. Mon observation des objets, des \u00eatres et des ph\u00e9nom\u00e8nes du monde physique, devint plus exacte et plus p\u00e9n\u00e9trante. [\u2026] Une attention, jusqu\u2019alors inconnue, port\u00e9e sur les donn\u00e9es sensibles s\u2019\u00e9veillait en moi. Des d\u00e9tails commen\u00e7aient \u00e0 prendre de l\u2019importance ; j\u2019avais l\u2019impression que le monde des sens avait \u00e0 me d\u00e9voiler des choses que <em>lui seul<\/em> pouvait \u00e9claircir.<\/p>\n<p>Je consid\u00e9rais comme un id\u00e9al d\u2019apprendre \u00e0 le conna\u00eetre, au moyen des donn\u00e9es qu\u2019il fournissait <em>lui-m\u00eame<\/em>, d\u00e9pouill\u00e9 de ce que l\u2019homme y ajoute par sa pens\u00e9e, ou par quelque autre facult\u00e9 psychique de son \u00eatre intime. Je m\u2019aper\u00e7us que je traversais une crise humaine, \u00e0 un \u00e2ge bien plus avanc\u00e9 que chez les autres hommes. Mais je vis aussi que cela comportait pour la vie de l\u2019\u00e2me des cons\u00e9quences d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je trouvais que ceux qui passent de bonne heure de l\u2019activit\u00e9 psychique dans le monde de l\u2019esprit, \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du monde physique, n\u2019arrivent \u00e0 saisir dans leur puret\u00e9 ni l\u2019un ni l\u2019autre. Ils confondent continuellement et d\u2019une fa\u00e7on toute instinctive les perceptions sensibles qu\u2019ils ont des choses, avec les donn\u00e9es que l\u2019\u00e2me tire de l\u2019esprit et emploie parmi d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments dans la \u00ab <em>repr\u00e9sentation<\/em> \u00bb des objets ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 moi je trouvai dans l\u2019exactitude rigoureuse de l\u2019observation sensible l\u2019acc\u00e8s d\u2019un monde tout nouveau. Une attitude objective, d\u00e9gag\u00e9e de tout sentiment personnel \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sensible, faisait pressentir des secrets que la contemplation en esprit ignorait.<\/p>\n<p><strong><em>Rudolf Steiner<\/em><\/strong>,<em> Une autobiographie<\/em>, Ed. Alice Sauerwein, Paris, pp. 353-355<\/p>\n<p>(<em>Source idem<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>_____________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Le vrai silence<\/strong><\/h2>\n<h3><strong>Arnaud Desjardins<\/strong><\/h3>\n<p>R\u00e9alisateur \u00e0 l\u2019ORTF de 1952 \u00e0 1974, Arnaud Desjardins est l\u2019un des premiers occidentaux \u00e0 faire d\u00e9couvrir aux fran\u00e7ais, au travers de documents t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, quelques grandes traditions spirituelles m\u00e9connues des Europ\u00e9ens : l\u2019hindouisme, le bouddhisme tib\u00e9tain, le zen et le soufisme (mystique de l\u2019Islam) d\u2019Afghanistan. Sa pens\u00e9e s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une tradition spirituelle transmise par son ma\u00eetre, Swami Prajnanpad, avec qui il s\u2019engagera apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 et film\u00e9 des sages de plusieurs traditions. \u00c9crivain, il est l\u2019auteur de nombreux ouvrages.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/Arnaud-Desjardins.jpg\" align=\"right\" border=\"0\" \/> Ce qui s\u2019est passe ce matin-l\u00e0 et le lendemain fut \u2014 et au-del\u00e0 \u2014 ce que l\u2019on peut attendre ou esp\u00e9rer de la l\u00e9gende myst\u00e9rieuse et fascinante qui a toujours plus ou moins entour\u00e9 les lamas tib\u00e9tains. Empruntant un petit balcon de bois qui faisait le tour d\u2019une maison bien modeste, nous avons p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans une pi\u00e8ce presque obscure et nous nous sommes assis en face de la couche couverte de tapis qui se trouve dans toutes les chambres de tous les rimpoch\u00e9s. Dans la p\u00e9nombre, je distinguai la forme d\u2019un homme accroupi, immobile, qui d\u00e9gageait une certaine lueur, comme une esp\u00e8ce de vague phosphorescence, et dont les yeux paraissaient lumineux dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je me tournai vers Sonam que sa position moins loin de la petite porte rendait un peu mieux \u00e9clair\u00e9. Il regardait le lama, mais ses yeux restaient sans brillance particuli\u00e8re. Je me retournai alors vers Kangyur Rimpoch\u00e9 et revis cette m\u00eame luminosit\u00e9 et surtout ces yeux comme allum\u00e9s dans le noir. Il me regardait fixement et je sentis na\u00eetre en moi puis grandir une \u00e9motion exceptionnelle, indescriptible. Je per\u00e7us seulement que Sonam quittait la pi\u00e8ce puis j\u2019eus l\u2019impression que plus rien d\u2019autre au monde n\u2019existait que cette pr\u00e9sence dans l\u2019ombre et moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>L\u2019intensification et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de toute ma vie psychique, pens\u00e9e et sentiments, transcendait toute exp\u00e9rience descriptible. Tous les souvenirs, toutes les images, tous les possibles se pr\u00e9sentaient \u00e0 la fois. J\u2019avais dix, cent cerveaux qui fonctionnaient en m\u00eame temps. Peut-\u00eatre certains qui ont cru se noyer et ont racont\u00e9 avoir v\u00e9cu toute leur existence en quelques secondes ont-ils connu une exp\u00e9rience approchante. Je pouvais tenir dix raisonnements \u00e0 la fois, vivre dix sc\u00e8nes de souvenirs (et de souvenirs oh ! combien oubli\u00e9s) en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>Puis tout fonctionnement s\u2019est arr\u00eat\u00e9, mais ce n\u2019\u00e9tait ni l\u2019inconscience, ni le blanc des \u00e9vanouissements. La conscience, l\u2019\u00e9veil \u00e9tait absolus, c\u2019\u00e9tait l\u2019exp\u00e9rience du vrai silence, \u00ab beyond the mind \u00bb, transcendant la pens\u00e9e et l\u2019individualit\u00e9, le nom et la forme, le temps et l\u2019espace et, surtout, la dualit\u00e9.<br \/>\nSonam m\u2019a dit seulement : \u00ab <em>I saw you were in deep meditation with the guru and I left the room<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Et il m\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 que ce qu\u2019il appelait ainsi \u00ab m\u00e9ditation avec le gourou \u00bb avait dur\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s une heure. D\u00e9sireux de confirmer mon opinion sur Kangyur Rimpoch\u00e9, je convainquis Sonam de retarder notre d\u00e9part d\u2019un jour. Le lendemain matin, exactement le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduisit, aussi intense, aussi prolong\u00e9 et dont l\u2019effet devait durer plusieurs jours et dispara\u00eetre progressivement. Dispara\u00eetre compl\u00e8tement ? Non, le souvenir, l\u2019empreinte de cette exp\u00e9rience \u2014 ou d\u2019autres du m\u00eame ordre \u2014 sont ineffa\u00e7ables.<\/p>\n<p>Mais il n\u2019en reste pas moins que l\u2019\u00e9tat exceptionnel, le niveau de conscience, ne sont pas durables. Tout \u00e0 coup appara\u00eet : \u00ab Je vis en ce moment une exp\u00e9rience sublime, miraculeuse \u00bb, et tout est perdu.<\/p>\n<p>Arnaud Desjardins, <em>Le Message des Tib\u00e9tains<\/em>, La Table Ronde, 1966.<\/p>\n<p>(<em>Source idem<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>_____________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2><strong>La vision sans t\u00eate<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Douglas Harding<\/strong> (1909 &#8211; 2007)<\/p>\n<p>Douglas Harding est l&rsquo;auteur de nombreux ouvrages et articles parus dans <em>3e mill\u00e9naire<\/em>. Depuis les ann\u00e9es 1960, il pr\u00e9sente, par des ateliers, une approche tr\u00e8s originale de l&rsquo;Eveil. Sa d\u00e9couverte s&rsquo;est produite lors d&rsquo;une promenade dans l&rsquo;Himalaya.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/DouglasHarding.jpg\" align=\"right\" border=\"0\" \/> Le plus beau jour de ma vie \u2014 ma nouvelle naissance en quelque sorte \u2014 fut le jour o\u00f9 je d\u00e9couvris que je n\u2019avais pas de t\u00eate. Ceci n\u2019est pas un jeu de mots, une boutade pour susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat co\u00fbte que co\u00fbte. Je l\u2019entends tout \u00e0 fait s\u00e9rieusement : je n\u2019ai pas de t\u00eate.<\/p>\n<p>Je fis cette d\u00e9couverte il y a dix-huit ans, lorsque j\u2019en avais trente-trois. Tomb\u00e9e soudainement du ciel, elle r\u00e9pondait n\u00e9anmoins \u00e0 une recherche obstin\u00e9e pendant plusieurs mois, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9 par la question : qu\u2019est-ce que je suis ? Que cette d\u00e9couverte se soit produite lors d\u2019une promenade dans les Himalayas importe peu ; c\u2019est pourtant, dit-on, un lieu propice \u00e0 des \u00e9tats d\u2019esprit sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ce jour tr\u00e8s clair, tr\u00e8s calme, et cette vue du haut de la Cr\u00eate o\u00f9 je me trouvais, par-del\u00e0 les brumes bleues des vall\u00e9es, vers la plus haute cha\u00eene de montagnes du monde, avec parmi ses cimes enneig\u00e9es le Kangchenjunga et l\u2019Everest, voil\u00e0 sans doute ce qui rendit cette sc\u00e8ne digne de la vision la plus haute.<\/p>\n<p>Il m\u2019arriva une chose incroyablement simple, pas spectaculaire le moins du monde : je m\u2019arr\u00eatai de penser. Un \u00e9tat \u00e9trange, \u00e0 la fois alerte et engourdi, m\u2019envahit. La raison, l\u2019imagination et tout bavardage mental prirent fin.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois les mots me firent r\u00e9ellement d\u00e9faut. Le pass\u00e9 et l\u2019avenir s\u2019\u00e9vanouirent. J\u2019oubliais qui j\u2019\u00e9tais, ce que j\u2019\u00e9tais, mon nom, ma nature humaine, animale, tout ce que je pouvais appeler mien. C\u2019\u00e9tait comme si \u00e0 cet instant je venais de na\u00eetre, flambant neuf, sans pens\u00e9e, pur de tout souvenir. Seul existait le Maintenant, ce moment pr\u00e9sent et ce qu\u2019il me r\u00e9v\u00e9lait en toute clart\u00e9. Voir, cela suffisait.<\/p>\n<p>Et voir quoi ? Deux jambes de pantalon couleur kaki aboutissant \u00e0 une paire de bottines brunes, des manches kaki amenant de part et d\u2019autre \u00e0 une paire de mains roses, et un plastron kaki d\u00e9bouchant en haut sur\u2026 absolument rien ! Certainement pas une t\u00eate.<\/p>\n<p>Je d\u00e9couvris instantan\u00e9ment que ce rien, ce trou o\u00f9 aurait d\u00fb se trouver une t\u00eate, n\u2019\u00e9tait pas une vacuit\u00e9 ordinaire, un simple n\u00e9ant. Au contraire, ce vide \u00e9tait tr\u00e8s habit\u00e9. C\u2019\u00e9tait un vide \u00e9norme, rempli \u00e0 profusion, un vide qui faisait place \u00e0 tout \u2013 au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombrag\u00e9es et, bien au-del\u00e0 d\u2019elles, aux cimes enneig\u00e9es semblables \u00e0 une rang\u00e9e de nuages anguleux parcourant le bleu du ciel.<\/p>\n<p>J\u2019avais perdu une t\u00eate et gagn\u00e9 un monde. Tout cela me coupait litt\u00e9ralement le souffle. Il me semblait d\u2019ailleurs que j\u2019avais cess\u00e9 de respirer, absorb\u00e9 par <em>Ce-qui-m\u2019\u00e9tait-donn\u00e9<\/em> : ce paysage superbe, intens\u00e9ment rayonnant dans la clart\u00e9 de l\u2019air, solitaire et sans soutien, myst\u00e9rieusement suspendu dans le vide, et (en cela r\u00e9sidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de \u00ab moi \u00bb, ind\u00e9pendant de tout observateur. Sa pr\u00e9sence totale \u00e9tait mon absence totale, de corps et d\u2019esprit. Plus l\u00e9ger que l\u2019air, plus translucide que le verre, enti\u00e8rement d\u00e9tach\u00e9 de moi-m\u00eame, je n\u2019\u00e9tais nulle part \u00e0 la ronde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourtant, malgr\u00e9 la qualit\u00e9 magique et surprenante de cette perception visuelle, il ne s\u2019agissait ni d\u2019un r\u00eave, ni d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation \u00e9sot\u00e9rique. Plut\u00f4t l\u2019inverse : un \u00e9veil soudain qui m\u2019arrachait au sommeil de la vie ordinaire, la fin d\u2019un r\u00eave, une r\u00e9alit\u00e9 qui rayonnait de sa propre lumi\u00e8re, et pour la premi\u00e8re fois lav\u00e9e de la pens\u00e9e qui obscurcit. C\u2019\u00e9tait la r\u00e9v\u00e9lation tant attendue de l\u2019\u00e9vidence m\u00eame, un moment de clairvoyance dans l\u2019histoire confuse de ma vie. Je cessais d\u2019ignorer une chose que (depuis ma plus tendre enfance, en tout cas) je n\u2019avais pu voir, \u00e9gar\u00e9 par trop d\u2019occupations ou de faux-fuyants.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une attention nue, sans jugement, \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019avait pas cess\u00e9 de me \u00ab <em>d\u00e9visager<\/em> \u00bb mon absence totale de visage. Bref, tout cela \u00e9tait parfaitement simple, ordinaire et direct, au-del\u00e0 du raisonnement, de la pens\u00e9e, et des mots. En dehors de l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame ne surgissait aucune question, aucune r\u00e9f\u00e9rence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d\u2019avoir laiss\u00e9 tomber un insupportable fardeau.<\/p>\n<p><strong><em>Douglas E. Harding<\/em><\/strong>, <em>Vivre sans t\u00eate<\/em>, Le Courrier du Livre, 1978.<\/p>\n<p>(<em>Source idem<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>___________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Venir au monde<\/strong><\/h2>\n<h3><strong>Eckhart Tolle<\/strong><\/h3>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re p\u00e9riode de sa vie, marqu\u00e9e par l&rsquo;angoisse et la d\u00e9pression suicidaire, Eckhart Tolle d\u00e9couvre la vie \u00e9ternelle et omnipr\u00e9sente au c\u0153ur du moment pr\u00e9sent. Il r\u00e9alise alors que l&rsquo;observation est une voie directe et transformatrice.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/images\/temoinsdeveil\/EckhartTolle.jpg\" align=\"right\" border=\"0\" \/> Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de treize ans, j\u2019ai v\u00e9cu dans un \u00e9tat presque continuel d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9 de p\u00e9riodes de d\u00e9pression suicidaire. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai l\u2019impression de parler d\u2019une vie pass\u00e9e ou de la vie de quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n<p>Une nuit, peu apr\u00e8s mon vingt-neuvi\u00e8me anniversaire, je me r\u00e9veillai aux petites heures avec une sensation de terreur absolue. Il m\u2019\u00e9tait souvent arriv\u00e9 de sortir du sommeil en ayant une telle sensation, mais cette fois-ci c\u2019\u00e9tait plus intense que cela ne l\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9. Le silence nocturne, les contours estomp\u00e9s des meubles dans la pi\u00e8ce obscure, le bruit lointain d\u2019un train, tout me semblait si \u00e9trange, si hostile et si totalement insignifiant que cela cr\u00e9a en moi un profond d\u00e9go\u00fbt du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais ce qui me r\u00e9pugnait le plus dans tout cela, c\u2019\u00e9tait ma propre existence. A quoi bon continuer \u00e0 vivre avec un tel fardeau de mis\u00e8re ? Pourquoi poursuivre cette lutte ? En moi, je sentais qu\u2019un profond d\u00e9sir d\u2019annihilation, de ne plus exister, prenait largement le pas sur la pulsion instinctive de survivre.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Je ne peux plus vivre avec moi-m\u00eame.<\/em> \u00bb Cette pens\u00e9e me revenait sans cesse \u00e0 l\u2019esprit. Puis, soudain, je r\u00e9alisai \u00e0 quel point elle \u00e9tait bizarre. \u00ab <em>Suis-je un ou deux ? Si je ne r\u00e9ussis pas \u00e0 vivre avec moi-m\u00eame, c\u2019est qu\u2019il doit y avoir deux moi : le \u201cje\u201d et le \u201cmoi\u201d avec qui le \u201cje\u201d ne peut pas vivre<\/em> \u00bb. \u00ab <em>Peut-\u00eatre qu\u2019un seul des deux est r\u00e9el, pensai-je.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Cette prise de conscience \u00e9trange me frappa tellement que mon esprit cessa de fonctionner. J\u2019\u00e9tais totalement conscient, mais il n\u2019y avait plus aucune pens\u00e9e dans ma t\u00eate. Puis, je me sentis aspir\u00e9 par ce qui me sembla \u00eatre un vortex d\u2019\u00e9nergie. Au d\u00e9but, le mouvement \u00e9tait lent, puis il s\u2019acc\u00e9l\u00e9ra. Une peur intense me saisit et mon corps se mit \u00e0 trembler.<\/p>\n<p>J\u2019entendis les mots \u00ab <em>ne r\u00e9siste \u00e0 rien<\/em> \u00bb, comme s\u2019ils \u00e9taient prononc\u00e9s dans ma poitrine. Je me sentis aspir\u00e9 par le vide. J\u2019avais l\u2019impression que ce vide \u00e9tait en moi plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Soudain, toute peur s\u2019\u00e9vanouit et je me laissai tomber dans ce vide. Je n\u2019ai aucun souvenir de ce qui se passa par la suite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis les p\u00e9piements d\u2019un oiseau devant la fen\u00eatre me r\u00e9veill\u00e8rent. Je n\u2019avais jamais entendu un tel son auparavant. Derri\u00e8re mes paupi\u00e8res encore closes, ce son prit la forme d\u2019un pr\u00e9cieux diamant. Oui, si un diamant pouvait \u00e9mettre un son, c\u2019est ce \u00e0 quoi il ressemblerait. J\u2019ouvris les yeux. Les premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube fusaient \u00e0 travers les rideaux. Sans l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019aucune pens\u00e9e, je sentis, je sus, que la lumi\u00e8re est infiniment plus que ce que nous r\u00e9alisons. Cette douce luminosit\u00e9 filtr\u00e9e par les rideaux \u00e9tait l\u2019amour lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Les larmes me mont\u00e8rent aux yeux. Je me levai et me mis \u00e0 marcher dans la pi\u00e8ce. Je la reconnus et, pourtant, je sus que je ne l\u2019avais jamais vraiment vue auparavant. Tout \u00e9tait frais et comme neuf, un peu comme si tout venait d\u2019\u00eatre mis au monde. Je ramassai quelques objets, un crayon, une bouteille vide, et m\u2019\u00e9merveillai devant la beaut\u00e9 et la vitalit\u00e9 de tout ce qui se trouvait autour de moi. Ce jour-l\u00e0, je d\u00e9ambulai dans la ville, totalement fascin\u00e9 par le miracle de la vie sur terre, comme si je venais de venir au monde.<\/p>\n<p><strong><em>Eckhart Tolle<\/em><\/strong>, <em>Le pouvoir du moment pr\u00e9sent, Guide d\u2019\u00e9veil spirituel<\/em>, Ariane, 2000.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie en fran\u00e7ais :<\/strong><br \/>\n<em>Le pouvoir du moment pr\u00e9sent. Guide d&rsquo;\u00e9veil spirituel (Ariane, 2000)<\/em><br \/>\n<em>Qui\u00e9tude. A l&rsquo;\u00e9coute de sa nature essentielle (Ariane, 2003)<\/em><\/p>\n<p>Note : Si vous d\u00e9sirez lire tous les autres t\u00e9moignages :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/lire\/lire.php?menu=lire&amp;page=temoins1\" target=\"_blank\">http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/lire\/lire.php?menu=lire&amp;page=temoins1 <\/a><\/p>\n<p>__________________________________<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><strong>Mention l\u00e9gale<\/strong><\/span> : <span style=\"color: #800000;\">Le site <em>\u00ab\u00a03e mill\u00e9naire\u00a0\u00bb<\/em> a \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 pour savoir s&rsquo;il autorisait la copie de quelques-uns de leurs articles, ceci par esprit de partage et dans le but de faire circuler l&rsquo;information, voire d&rsquo;orienter nos propres lecteurs vers de fructueuses lectures propos\u00e9es sur un site jug\u00e9 int\u00e9ressant \u00e0 plus d&rsquo;un titre. La r\u00e9ponse \u00e9crite a \u00e9t\u00e9 bienveillante et <em>nous sommes autoris\u00e9s <\/em>\u00e0 laisser para\u00eetre ces copies de texte.<\/span><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Serge<br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8212;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un t\u00e9moignage quasi contemporain d&rsquo;un personnage c\u00e9l\u00e8bre et qui est devenu, de nos jours, un classique repris par la psychologie transpersonnelle et cit\u00e9 m\u00eame dans les enseignements de la Rose-Croix&#8230; Notez les termes et expressions qu&#8217;emploie Richard Bucke pour expliquer son exp\u00e9rience&#8230; ____________ &nbsp; &nbsp; Richard Maurice Bucke (1837-1902) Richard M. 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