Devenir ou être

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Devenir ou être ? 

Combien d’étudiants en ésotérisme ont rêvé et rêvent sans doute encore de « devenir » de véritables initiés ! Pourquoi devenir ? La chose est entendue dès le départ : « parce qu’ils ne le sont pas encore, c’est si évident ! » Vraiment ? D’un point de vue social, il serait pour le moins étrange de commencer une étude poussée en ésotérisme et se déclarer comme étant déjà initié, n’est-ce pas ? Et pourtant, nous allons voir ensemble et par le biais de la logique pure, que c’est exactement ce qui devrait se produire. Non pas ce qui se produit, hélas, mais bien « ce qui devrait se produire. »

Pour autant, il ne s’agit pas ici de claironner notre appartenance à une supposée « élite » et ce, dès que nous commençons à apprendre une ou deux choses sortant de l’ordinaire ! Il est question de comprendre puis d’admettre que l’être humain manque singulièrement de logique, y compris lorsqu’il se dit « éveillé » ou « avancé » ou toute autre expression pouvant laisser entendre que, désormais, il est différent des autres. Et en un sens, ceux qui se prétendent « avancés » ou « éveillés » sont effectivement différents des autres mais il n’est pas certain que cette différence-là soit des plus souhaitables !

Être différent au point de ne plus comprendre les autres ou pire, que les autres ne nous comprennent plus, ce n’est pas là le meilleur moyen de se dire « en avance » sur le troupeau ou plus « éveillé » que tous ceux qui, supposément, dorment encore. En effet, la plupart des supposément « initiés » tiennent absolument à établir une distinction notoire entre eux et les autres. Tous les autres. D’après une forme de raisonnement quelque peu frelatée, s’ils réussissent à laisser croire à cette différence, elle deviendra, ipso facto la preuve quasi tangible, de leur avancement ou de leur éveil.

Pour eux, les gens plus évolués sont nécessairement différents et cette différence doit absolument se percevoir, depuis l’extérieur, comme peut être perçue une manière originale de s’habiller ou de se coiffer, etc. L’être humain raffole de ce que nous pouvons ici nommer « les signes extérieurs de richesse. » Non pas nécessairement de richesse en termes d’argent, de moyens financiers, mais bien en termes de différence sociale. Pour le supposé initié moderne, une différence aussi nette que tranchée et, si possible, visible de l’extérieur et par les autres, est la seule marque réelle d’évolution.

L’être humain a besoin de ce que l’on nomme la DDP (Différence DE Potentiel), à savoir de paraître « autre chose » ou « autrement » mais surtout, de paraître différent. Cette différence (ou DDP) présumant de leur niveau actuel, en somme. Et pour paraître « plus », il est nécessaire que les autres paraissent « moins. » Il n’est pas question ici de nier certains faits, comme les différences naturelles et souvent installées dès le départ, chez la plupart des gens. Nous sommes déjà tous plus ou moins différents, puisque plus ou moins uniques. Nous sommes les seuls à être « nous », à être ce que nous sommes, individuellement, pour le présenter d’une manière plaisante.

Mais il existe un gag dans le fait même qu’une personne se destine à l’initiation, à savoir qu’elle place devant elle et plus tard, un but à atteindre, alors qu’elle se veut et prétend immédiatement « différente. » Nous pourrions penser que la différence tient dans le fait que cette personne vise un but ignoré ou simplement boudé par les autres, mais puisqu’il est question de but, cette différence n’est-elle pas elle aussi « à venir », c’est-à-dire « pour plus tard » ? En clair, si notre but est de devenir un initié, c’est parce que, selon nous, nous ne le sommes pas encore, n’est-ce pas au moins exact ? Et si la différence qui « classe » les initiés est du même coup supposée « en attente », pourquoi les gens essayent-ils de profiter de cette différence future immédiatement ?

Une certaine forme de logique typiquement humaine, voudrait que ce soit une fois le statut d’initié réellement atteint, que la personne est en droit de se considérer comme étant différente. Bien que dès lors, elle ne soit pas pour autant obligée de chercher à se distinguer de par cette même différence et aux yeux des autres. Il faut savoir une chose qui a son importance pour notre présent sujet : les chercheurs de Lumière, les initiés, les éveillés et tous ceux qui ne savent plus quoi faire pour se démarquer, pour se distinguer de la masse « bien pensante », ne sont pas heureux ! Certains sont effectivement plus instruits que la moyenne et d’autres ont complètement raté leur incarnation, à force de la souhaiter différente.

D’ailleurs, comprenez bien que toute forme de différence visible depuis l’extérieur ou toute prétention véhémente de se dire différent ou supérieur à tous les autres, cache un mal-être évident, lorsqu’on connaît la psychologie humaine des profondeurs. Arrêtons-nous deux minutes sur un simple détail qui a pour effet de nous « hurler » la vérité, même si on refuse de la voir. Pourquoi une personne affecterait-elle un mode vestimentaire ou tout autre artifice extérieur et visible de tous, si ce n’est pour tenter de faire croire à autrui, afin de se faire ensuite croire, à elle-même, qu’elle n’est pas ce qu’elle semble pourtant être ?

Pourquoi ce besoin de différence, si ce n’est par refus de l’incarnation originelle ? Autrement dit, pour nier ce que nous étions pourtant venus être, en toute simplicité ? Un être qui serait effectivement différent, voire supérieur à la moyenne, devrait-il nécessairement l’afficher avec condescendance et afin que chacun en soit informé ? Mais cet être-là, justement, est-il lui-même au courant de sa différence exacte (ou véritable) et est-il prêt à la vivre, voire à la subir, si besoin est ? Voilà qui change légèrement la donne, n’est-ce pas ?

À présent, il n’est plus question de prouver, de démontrer, de laisser voir, en se servant des autres afin de mieux s’abuser soi-même, mais plutôt d’assumer, la seule différence qui soit digne de ce nom, en plus d’être effective et réalisable par chacun de nous. Un véritable initié l’est à quel moment ? Dans le futur ? Certainement pas ! On ne peut pas devenir ce qui nécessite un commencement : on est un initié dès le départ, car ce mot signifie « début » ou « commencement », une fois traduit du latin. Dès que nous décidons d’entamer une recherche spirituelle ou toute autre expression de notre choix, nous sommes un initié et ce, immédiatement.

De fait, on ne peut pas le devenir, puisqu’on l’est déjà, n’est-ce pas ?Mais alors, ceux qui prétendent vouloir atteindre ce statut s’abusent complètement ? Oui et non ! Oui, si l’on se réfère uniquement au statut lui-même qui est « atteint » dès le départ. Et non, si on comprend le sens réel et profond de l’initiation en elle-même ! Mais voyons cette seconde partie, qui est, et de loin, la plus intéressante pour nous. Savons-nous vraiment en quoi consiste l’initiation spirituelle ? Il y a de grandes chances que non. Et c’est pour cette raison que la vie d’un initié est souvent houleuse et chargée de souffrances et de désillusions en tous genres.

Avançons lentement et par étapes logiques. Nous savons, à présent, qu’un initié l’est dès le début et qu’il ne peut donc pas le devenir plus tard. Nous savons également que pour cet initié, un certain but est recherché, même si la chose ne lui apparaît pas si claire que cela et ce, dès le départ. Il arrive d’ailleurs que le but de départ puisse évoluer, au gré des prises de conscience successives et durant la vie de l’initié. Pourtant, une chose est certaine pour tous les initiés : comme ils débutent et seront encore longtemps des débutants (des initiées, donc) il est peu probable que dès le départ, ils puissent établir clairement un but intéressant ou vraiment important à atteindre.

En fait, la plupart des initiés ignorent totalement ce qu’ils devraient rechercher, en priorité, ce qu’il faut se proposer d’atteindre ou quel but doit se transformer en un moteur de vie convenable ou suffisant. Il est dit que l’énergie est toujours synonyme de but à atteindre. Si nous avons un but, alors l’énergie va affluer afin de nous permettre de l’atteindre. C’est une vérité ésotérique, mais elle est au moins mal employée, car largement incomprise. En réalité, tous les initiés du monde ont les mêmes buts et ces derniers sont au nombre de deux, seulement. Mais une fois que ces deux buts sont connus, alors la vie d’un initié devient plus heureuse, à tous les sens du terme.

Il ne cherche plus à se distinguer, puisqu’il se distingue déjà. Il se distingue lui-même et n’a donc plus besoin du regard des autres pour inventer une différence qui existe déjà et ce, dès le départ. Il se distingue dans le sens où il comprend deux choses primordiales : la première, c’est ce qu’il est, en vérité et au-delà des apparences. Dès lors, il existe une différence toute naturelle et légitime, entre ce qu’il croyait être (et qu’il aurait pu chercher à nier ensuite) et ce qu’il est, en réalité. La seconde chose qui a un effet libérateur, c’est qu’il comprend et accepte pleinement cette différence naturelle. En effet, il comprend que bien qu’il paraisse fragile et limité, il est en vérité puissant et sans aucune limite.

La différence n’est plus à produire, car elle se produit constamment et durant toute la vie de l’initié. La différence entre ce qu’il est vraiment et ce qu’il supposait être, provient de la vie sur Terre et en incarnation. C’est cette vie terrestre ainsi que cette incarnation qui offrent un cadre de vie et des expériences très limités, pas ce qu’il est en esprit et en vérité. Alors l’initié, qui a accepté cette différence, qui ne cherche plus à la nier en se prétendant au-dessus des autres ou à s’inventer une autre version de lui-même qui n’existe qu’en esprit et ne sera jamais atteinte, puisqu’elle est placée « plus tard », commence à vivre vraiment.

Accepter cette différence naturelle, légitime et originelle est facile à comprendre : cela revient à comprendre les limitations de l’incarnation, puis à accepter de participer à la vie terrestre selon les règles propres à ce milieu particulier. La deuxième partie est un peu plus compliquée, du fait que l’être humain adore se faire croire, à s’abuser puis à accuser les autres de le faire, en cas de pépin. Pourquoi un initié devrait-il s’inventer une autre version de lui-même, connue sous le vocable de « Moi-Idéalisé » en psychologie ésotérique ? Réponse : parce qu’il n’accepte pas sa condition présente, à savoir celle d’un humain limité mais qui a conscience, par ailleurs, d’être autre chose de plus grand, de plus puissant.

Et pourquoi un tel refus ? Parce qu’il s’imagine qu’il devrait être différent, ce qui est vrai par ailleurs, et refuse la vie terrestre qui lui est pourtant proposée avec quelque insistance il est vrai. Cela tournerait vite au gag si nous proposions cette autre version : « De peur de ne pas être ce qu’il est pourtant mais qu’il ignore, l’initié s’invente un personnage qu’il n’est pas et qui induira ensuite de grandes souffrances, fort inutiles au demeurant.

Serge Baccino