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Nous avons toujours été seuls
Ce nouveau sujet de psychologie des profondeurs, de l’étude de l’âme, puisqu’il s’agit de la véritable définition de la psychologie, est l’un des plus complexes et, sans doute, l’un de ceux qui auront un peu de mal à « passer », comme on dit. Non pas que nous ne soyons pas tous capables de comprendre, d’un point de vue purement intellectuel, mais plutôt que nous n’aurons pas tous l’envie de comprendre et, partant, d’accepter pour vrai. Cela parce que le sujet de ce jour, remue beaucoup de chose en nous. Des choses que nous n’avons pas forcément envie de voir remuer ! Pourtant, lorsque nous étions très jeunes, nous avons été confrontés à cette réalité non seulement étonnante mais aussi, un brin effrayante. Cette réalité, cette prise de conscience, plus exactement, consistait en la réalisation que nous sommes seuls. Nous sommes seuls depuis le début, nous le serons tout au long de notre vie et, en fin de compte, nous le serons encore au moment venu pour nous de quitter définitivement ce monde de la 3D ainsi que le corps qui a permis de nous y manifester avec plus ou moins de bonheur.
C’est là que beaucoup se cabreront, tel un étalon fougueux piqué par un taon ! « Comment ? Nous sommes seuls, toujours ? Mais qu’est-ce qu’il raconte encore, cet énergumène ! » Évidemment, si on se met à compter le nombre de corps différents du nôtre qui peuvent nous entourer, qui nous tenons compte des gens qui affirment nous aimer ainsi que ceux que nous sommes persuadés d’aimer, nous pouvons être grandement abusés. Pourtant, ce sont d’autres corps que le nôtre qui nous entourent, d’autres bouches que la nôtre qui prétendent nous aimer et être « avec nous ». Cela ne correspond pas à de véritables présences ; cela reste encore et toujours extérieur à nous. Nous ne faisons que « prendre en nous » ce que nous pensons voir à l’extérieur de nous.
Et pour ceux que nous aimons, auxquels nous tenons, voire auxquels nous sommes carrément attachés, répliqueront certains ? Là encore, nous sommes seuls : nous sommes les seuls qui prétendent aimer, détester et quoique nous puissions sentir, en nous, ce ne sera toujours que le résultat de nos propres processus mentaux et des émotions qui les accompagnent. Prenons tout de suite un exemple commun : une femme mariée demande souvent à son époux s’il l’aime : « Chéri, est-ce que tu m’aimes ? » Elle demandera même ceci : « Mais mon chéri, est-ce que tu m’aimes… Vraiment ? » Pourquoi cette demande récurrente ? La réponse est évidente : parce qu’elle ne se sent pas aimée, tout bonnement ! Et pourquoi ne se sent-elle pas aimée ? Réponse : parce qu’elle ne ressent pas d’amour en elle.
Nous ne pouvons ressentir QUE ce qui se passe ou se produit en nous, jamais ce qui se passe ou se produit chez les autres ! Bien que nous puissions réussir ce tour de force de la croire ! Alors qu’en réalité, ce ne sont, au mieux, que des « réponses » de notre être intime, à ce qu’il a compris de ce qui semble se produire au-dehors et chez les autres. Nous ne pouvons ressentir que ce qui est en nous, cela parce que notre système nerveux est également en nous. S’il se situait à la périphérie de notre corps, nous pourrions peut-être ressentir autre chose que ce qui est en nous, mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? Tout passe d’abord par nous et par nous seuls ! Tout y demeure ensuite. Notre être intime ou notre âme, si vous préférez cette approche, représente le filtre suprême. C’est lui et lui seul qui nous permet de dire qu’une chose est bonne ou mauvaise, ou encore que ce que vit une autre personne est triste ou amusant.
Dans tous les cas, ce n’est que notre réponse intime à des stimuli provenant de l’extérieur mais qui, ensuite, rencontre nos différents filtres, les traversent puis arrivent à notre conscience objective. Nous ne captons pas vraiment ce qui se produit à l’extérieur et chez les autres : nous percevons seulement ce que nous sommes capables d’appréhender de ce que nos sens transmettent à nos filtres mentaux (Mémoires, programmations.). C’est d’ailleurs pour cela que nous avons chacun une histoire différente ou propre. Un vécu peut ressembler à un autre mais il ne pourra jamais être identique, ceci à cause justement de ces mêmes filtres.
Quelques considérations, tout de même, au sujet de ces fameux filtres. Leur importance a toujours été soit ignorée, soit relativisée. Pourtant, ce sont eux qui nous privent de la véritable actualité planétaire, c’est-à-dire de ce qui se passe vraiment, ceci indépendamment de ce que l’on pourrait croire ou penser de ce qui se passe effectivement. Si vous préférez, ces filtres, comme leur nom semble l’indiquer, ne nous permettent pas de capter directement ce qui se produit en fait. À cause d’eux, nous ne pouvons que présumer de ce qui se passe, cela en fonction de toutes les idées et croyances diverses qui se trouvent déjà en nous, ainsi que les émotions qui les accompagnent. Comprenons bien le processus dans son ensemble : nous avons en nous ce que nous appellerons ici « un matériel mental et émotionnel ». Ce dernier est relatif à notre vécu et à nos propres réactions face à ce vécu et ce, depuis la prime enfance.
Nous avons des idées sur tout ! Nous avons surtout des idées ! Nous croyons savoir des choses, connaître les personnages qui nous entourent et eux-mêmes pensent nous connaître. Nous subissons tous, peu ou prou, des programmations mentales qui se déclinent selon des schémas spécifiques, qui influent sur notre capacité à réfléchir sainement et librement, et qui, surtout, nous obligent à réagir sans cesse, au lieu de nous permettre de vraiment agir. Agir implique de penser librement. De penser d’une manière aussi novatrice que logique, en fonction des expériences et des personnes rencontrées. Or, nous ne pensons que très rarement d’une manière originale ! Nous nous référons sans cesse à notre contenu mental, à nos mémoires. Nos schémas mentaux nous poussent plus à la répétition inconsciente qu’à une action concertée et consciente.
Le vin que nous buvons à table est bien le fruit que la vigne, mais il n’est pas le jus de son raisin ! Ce dernier a dû passer par des filtres afin qu’en fin de cycle d’épuration, il ne puisse rester que du vin. Il en va de même pour nos processus mentaux qui sont soit hérités et donc, de seconde main, soit personnel mais répétitif, car issus des expériences qui nous ont le plus marqués, durant notre vie.
Maintenant que nous comprenons un peu mieux en quoi nous sommes pour ainsi dire coupés de l’actualité à cause de nos filtres mentaux intimes, il nous reste encore à comprendre en quoi cette perception indirecte ou carrément faussée de l’actualité, a fait de nous des femmes et des hommes seuls, depuis notre naissance.
Pour le comprendre, évoquons simplement l’exemple de l’amitié trahie. Nous avons tous eu des amis, surtout durant notre jeunesse. Nous aimions leur compagnie, pensons-nous ? C’est faux et nous allons le voir plus loin.
Un jour ils ont trahi la confiance que nous avions en eux ? OK, voici une supposée expérience qui arrive souvent, non ? Mais la encore, c’est complètement faux ! (Voir plus loin.) Et nous voilà dans une situation fâcheuse : nous en voulons à cet ami d’avoir fait cesser une si belle amitié. Nous sommes conscients que la personne n’était pas telle que nous la pensions (notez l’expression au passage !) mais nous avons encore tant de beaux souvenirs en commun avec cette personne ! Nous ne savons pas vraiment si ce qui nous attriste le plus est la supposée « trahison » de cet ami, ou le fait que nous voilà désormais avec de magnifiques souvenirs sur les bras, dont nous ne savons plus quoi faire exactement ! En effet, comment ressentir encore ces choses et, en même temps, ce sentiment de trahison en nous ? Devons-nous rejeter le passé que nous avons pourtant ressenti ? Devons-nous oublier, pardonner à cet ami afin de retrouver un semblant d’équilibre en sa compagnie ?
En vérité, nous sommes très loin de percevoir « ce qui est », à savoir, ce qui se passe et s’est toujours passé en nous et autour de nous, indépendamment de notre prise de conscience affreusement limitée ! L’actualité et la réalité intérieure, quand elles ne correspondent plus, du moins selon nous, engendrent une panique mentale du plus bel effet ! Nous ne sommes pas capables de conserver en l’état une idée qui nous propose deux émotions différentes ou opposées. Avons-nous toujours un ami ? Doit-on quitter cette idée d’amitié ou bien quitter l’idée de trahison ? Car il y a désormais deux idées antagonistes, en nous, et c’est cette dualité intime qui produit de la souffrance, et non le fait que quelqu’un d’autre nous a trahis ! Pour sortir de cet imbroglio regrettable, nous devons réussir à comprendre puis à admettre (accepter) ce qui se produit vraiment dans de tels cas et dans bien d’autres d’ailleurs.
Première question : qui ressentait du plaisir en présence de cet ami, avant la fameuse « trahison » ? Réponse : c’est nous et nous seul, avec notre système nerveux ! Seconde question : qu’est-ce que cet ami est censé avoir trahi ? Réponse nos propres attentes qui consistent essentiellement en la durée d’une chose aimée ! Ici, la chose aimée est ce que nous ressentons, aussi longtemps que l’ami a un comportement général qui répond à nos attentes et qui correspond à ce que nous avons aimé en lui depuis le début. Ce sont donc nos propres attentes qui nous ont trahis, pas l’ami qui a sans doute du mal à demeurer tel que nous le souhaitons et l’aimons. Et ce que nous aimions, chez cet ami, c’est ce qu’il nous faisait ressentir, et seulement ça ! Depuis le début de cette supposée « amitié », c’est notre être intime qui a tout géré ! C’est lui qui avait des attentes. C’est lui qui s’est senti trahi et c’est aussi lui qui ne sait plus quoi faire d’une idée et d’une émotion contraires, car il conserve toujours le souvenir de ce qu’il a aimé chez l’autre, chez l’ami, donc.
Alors, on aime ou bien on aime plus ? Qui ça ? L’ami ? Non, ce que nous aimions de ce que nous ressentions tandis que nous étions avec lui. À présent, avec deux idées antinomiques sur les bras, nous ne savons plus comment faire. Nous pouvons bien sûr jouer à l’être évolué à n’en plus pouvoir, qui « pardonne ». OK, mais allons-nous oublier pour autant ? Nous pourrions aussi envoyer valser au loin l’ex-ami et ainsi ne plus être en contact avec ce qui nous rappelle des souvenirs ? Mais allons-nous oublier que nous aimions ce que cette personne nous permettait de ressentir ? Sans doute pas. Jamais, d’ailleurs, car nous connaîtrons alors une sorte de manque et là encore, nous confondrons la personne elle-même avec ce qu’elle nous permettait de vivre. Mais au fait… Pourquoi cette méprise et à l’origine ? Une personne pourrait-elle avoir ce pouvoir de nous permettre de vivre une chose que nous ne pouvons vivre que par son intermédiaire ?
Le principe de projection nous explique tout ! Bien que l’être humain soit et demeure seul, du début à la fin de sa vie, sa nature intime ne supporte pas cette seule idée. L’être a un besoin viscéral de se sentir uni ou relier à quelque chose ou, au mieux, à quelqu’un. C’est ce que l’on nomme « le besoin de l’altérité », du fait qu’il puisse exister autre chose que notre conscience, témoin involontaire de toutes choses. Le gag, en l’occurrence, c’est que tandis qu’il existe ce besoin d’altérité, il existe conjointement la peur de l’altérité ! Autrement dit, tandis que l’être humain a besoin des autres pour ne pas se sentir seul, ce sont justement ces autres qui ont ce pouvoir maléfique de le renvoyer à sa solitude intérieure. Ceci explique bien de mystères comportementaux, du style « Je te prends et je te quitte » ou encore « Je ne te supportais plus, mais combien tu me manques » !
L’ésotérisme explique que le but de ce besoin ainsi que de cette peur, aussi réels l’un que l’autre, puisque réellement ressenti, est de permettre à l’homme de réaliser une profonde vérité connue depuis toujours par les véritables initiés et quelques fois résumée ainsi : « Tout est en nous. » Nous comprenons, à présent que nous ne contenons évidemment pas l’univers physique, mais que la perception de cet univers, de tout ce qu’il contient et de tout ce que ce contenu nous permet de vivre, est effectivement en nous. Pourrions-nous avoir conscience d’une chose qui ne soit pas dans notre conscience ? Voilà qui serait pour le moins étonnant !
Serge Baccino