« Les nombres ne sont que la traduction abrégée ou la langue concise des vérités et des lois dont le texte et les idées sont dans Dieu, dans l’homme et dans la nature. On peut aussi les définir comme le portrait intellectuel et oral des opérations naturelles des êtres ou encore, si l’on veut, la limite et le terme des propriétés des êtres, et cette mesure qu’ils ne pourraient passer sans s’égarer et se dénaturer, ce qui a fait dire à quelqu’un que les nombres étaient la sagesse des êtres et ce qui empêchait qu ‘ils ne devinssent fous.
Il faut donc s’instruire à fond de ce qui est contenu dans ce sublime texte et dans ces idées PRINCIPES pour pouvoir se garder des fautes que les traducteurs et les peintres ont pu faire et font tous les jours dans leurs versions et dans leurs tableaux.
La principale erreur dont il faille se préserver, c’est de séparer les nombres de l’idée que chacun d’eux représente et de les montrer détachés de leur base d’activité, car on leur fait alors perdre toute leur vertu, qui doit être de nous avancer dans la ligne vive; ils ne sont plus qu ‘un objet de curieuse et orgueilleuse spéculation; et s’ils ne font pas toujours devenir l’auditeur plus coupable, ils ne lui rendent pas néanmoins plus de service que si on lui apprenait la syntaxe d’une langue dont il ne saurait pas les mots ou que si on lui apprenait les mots d’une langue dont il ne saurait ni le sens ni la syntaxe.
Il n’y a point de nombres dans la décade dont nous ne puissions ainsi découvrir le caractère en ne les séparant point de l’œuvre particulière à laquelle ils sont unis et de l’objet sur lequel ils reposent, instruction active qui ne peut convenir qu ‘à ceux qui sont dans la ligne et qui sont entrés dans l’intérieur de l’intelligence. Elle serait perdue pour tous les autres.
Mais ce simple exposé suffit pour nous apprendre que la vertu des êtres n’existe pas dans le nombre, mais que c’est le nombre qui existe dans la vertu des êtres et qui en dérive. Il ne faut pas nier les immenses avantages que l’esprit et l’intelligence de l’homme peuvent retirer de l’usage des nombres, dès que l’on est parvenu à sentir l’œuvre particulière à laquelle chacun d’eux est uni et l’objet sur lequel ils reposent.
Car la marche des propriétés des êtres étant active et ces propriétés ayant entre elles mille rapports croissants et décroissants, la combinaison de ces nombres pris dans la régularité du sens qu ‘ils portent avec eux d’après la saine observation, doit pouvoir nous diriger dans les spéculations incertaines et même nous rectifier dans des spéculations fausses, attendu qu’il en est alors de ce calcul vrai et spirituel et de cet algèbre des réalités comme du calcul conventionnel ou de l’algèbre de l’apparence, où les valeurs une fois connues nous conduisent, sans nous égarer, à des résultats précis et positifs.
La différence essentielle qu’il faut admettre, c’est que dans le calcul conventionnel, les valeurs sont arbitraires et que leurs combinaisons, quoique reposant sur des règles fixes, ne nous font cependant parvenir qu’à des vérités très secondaires et entièrement étrangères à la vraie lumière dont nous avons tous besoin et que nous cherchons tous, quand même ce serait à contre-sens ; au lieu que, dans le calcul vrai et spirituel, les nombres reçoivent leur valeur de la nature des choses et non point de la volonté de notre esprit, et qu’indépendamment de ce qu ‘ils se combinent aussi par des règles fixes comme les valeurs conventionnelles, ils nous amènent à des vérités de premier rang, des vérités positives et invariables, et essentiellement liées à notre être. »
Louis Claude de Saint-Martin (1743-1803)
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Il est le premier philosophe du Devenir pur. « Nous ne touchons pas deux fois le même être, dit-il, nous ne nous baignons pas deux fois dans le même fleuve. Au moment où nous portons la main sur une chose, elle a déjà cessé d’être ce qu’elle était ». Ce qui peut se résumer en cette formule : ce qui est change par le fait même qu’il est. Rien n’est stable, ni permanent ; c’est la bille d’ivoire qui se meut sans cesse. Ce qui revient à dire, et nous retrouvons là une conception du Brahmanisme : ce qui est en même temps n’est pas, puisqu’il n’y a rien qui demeure sans changement. Par extension, Héraclite pense que nous sommes et ne sommes pas. Il constate la confusion des contraires :
La seule grande vérité formulée par Siemens est que l’espace interstellaire est rempli de matière très raréfiée, telle qu’il peut y en avoir dans les tubes à vide et qui s’étend de planète à planète et d’étoile à étoile. Mais cette vérité est sans action sur les faits principaux. Le soleil donne tout et ne reçoit rien en échange de son système. Rien qui vienne de l’extérieur de son propre système ne peut l’atteindre sous la forme d’une matière aussi grossière que des « gaz raréfiés « .