Médit-action ou méditation

Getting your Trinity Audio player ready...

Médit-action ou méditation ?

(Extraits.)

La spiritualité ordinaire invite à la méditation. Mieux encore, elle la recommande. Mais personne ne songe seulement à revoir le sujet et à tenir compte d’un facteur devenu essentiel de nos jours : le temps qui passe. En effet, puisque le temps passe, certaines règles d’hier ne sont peut-être plus bonnes aujourd’hui. Ce qui est bon pour l’enfant ne l’est pas nécessairement pour l’adulte et inversement. Mais comme il est rare que nous retombions en enfance, du moins biologiquement parlant, nous tiendrons compte du temps qui passe, dans le sens usuel de ces termes, à savoir de ce qui fut à ce qui est, pour le moment. Le problème humain, à ce propos, est que rien ne prédispose les gens à tenir compte, justement, de ce temps qui passe. Nous désirons tous, peu ou prou, que les choses durent en l’état, surtout si ces choses nous conviennent. Et si elles nous conviennent, elles nous rassurent. Surtout au sujet de « ce qui sera. »

Bien sûr, nous savons pertinemment que le temps passe et qu’il transforme pas mal de choses. Mais nous espérons, en secret, qu’il ne transforme que ce qui doit l’être selon nous. Et du même coup, nous espérons qu’il ne touche jamais à tout ce qui nous convient parfaitement en l’état. Et comme le fonctionnement de notre esprit est reproductif en diable, qu’il adore manifester continuellement et le plus longtemps possible, tout ce qui trouve grâce à nos yeux, ou tout ce que nous jugeons utile ou pratique, si le temps ne nous imposait pas certains changements, parfois cruels, si cela ne tenait qu’à nous, nous ne changerions jamais. Cela dit, quoi de plus compréhensible que de vouloir faire durer ce qui nous rend la vie plus agréable et facile ? Observez ceux qui pratiquent le développement musculaire dans les salles prévues à cet effet… Plus ils se musclent et plus ils souhaitent se muscler. Le fait que leurs efforts puissent donner des résultats satisfaisants, les pousse à désirer plus de satisfaction encore, c’est-à-dire de devenir plus musclés de semaines en semaines.

Et lorsqu’un certain seuil est atteint, quand la personne se juge suffisamment musclée et selon ses attentes, que fait-elle ? Elle continue de pratiquer, sans doute moins intensément, mais toujours avec régularité. En somme, après avoir obtenu ce qu’elle désirait, à savoir une musculature conséquente, il lui faut à présent la conserver intacte et ce, le plus longtemps possible. Quel rapport avec le sujet de la médiation, penserez-vous ? Pour le comprendre, il faut se souvenir d’abord que le temps passe et change certaines choses pour tout et pour tous. Ce qui concerne un domaine les concerne tous. Le temps passe pour tout le monde, change le vécu de tout le monde, mais non seulement tout le monde ne le réalise pas, mais de plus, tout le monde ne l’accepte pas. Car enfin, ce qui marchait hier, pourquoi ça ne marcherait plus demain, se questionnent certains, avec un degré de mauvaise foi remarquable. Il est vrai que les schémas mentaux ou les « bouts d’âmes » qui nous régissaient hier, régissent toujours notre vie aujourd’hui. Et il est envisageable qu’ils continuent de le faire demain et longtemps encore.

Alors nous allons étudier un peu le sujet de la méditation afin de définir si cette pratique, connue de tous les spiritualistes du monde et ce, depuis toujours, se révèle toujours aussi utile et pratique.
« Vous devriez vous mettre à la méditation », recommandent certains.   « Si vous avez cessé, vous devriez vous y remettre », préconisent d’autres. Une certaine spiritualité, vous le savez déjà et l’avez sans doute accepté, n’est pas faite pour nous aider, bien au contraire. Peu importe son nom, ses origines réelles : le tout est de comprendre que le propre de l’ennemi, lorsqu’il se veut efficace, c’est de réussir à s’infiltrer même là où personne ne l’attend. Ou surtout là où personne ne l’attend ! Or, supposons un instant que dans le passé, certaines techniques dévoyées et aux effets morbides, aient été ajoutées à celles déjà enseignées. Si personne n’a découvert le subterfuge, ne sommes-nous pas en droit de penser qu’elles existent toujours et qu’elles continuent de produire les effets négatifs qu’elles produisent depuis le début ?

Pour le débutant, que ce soit en ésotérisme ou en spiritualité, d’une manière générale, il est conseillé de pratiquer deux formes de méditations différentes : l’active et la passive. La première consiste à produire des formes mentales, à visualiser, comme on le dit depuis toujours, soit une personne, soit un but à atteindre ou encore, une chose que nous aimerions posséder. La passive consiste à « faire le vide » mentalement et à rester dans un état de relaxation physique et mentale, autrement dit, de ne pas bouger et de ne penser à rien. Il est même conseillé de chasser toute pensée se présentant à l’avant-scène de notre conscience afin. De conserver un mental vide et clair. Sans doute n’avons-nous pas encore la possibilité de comprendre vraiment tout ce qui a trait à la véritable méditation. Mais nous pouvons  faire une chose intelligente au moins : c’est de vérifier si ces pratiques correspondent toujours avec ce que nous avons découvert, en nous et autour de nous, concernant le fonctionnement de notre esprit. Et plus particulièrement, celui de notre « moi ».

Que savons-nous, aujourd’hui, à propos de notre « moi » ? Nous savons qu’il n’est que la polarité négative et de nature passive du Je Suis. Nous savons également que le « moi » correspond à l’activité plus qu’exagérée, du lobe postérieur de notre glande pituitaire (ou « hypophyse. ») Nous savons du même coup que la partie positive, qui seule devrait être active, se rapporte au fonctionnement du lobe antérieur de cette même glande endocrine (au niveau purement énergétique ou psychique s’entend.) En clair, 999 personnes sur 1 000 fonctionnent « à l’envers », c’est-à-dire présentent une suractivité spirituelle du lobe postérieur de la pituitaire, qui devrait être passif, tandis qu’ils ne fonctionnent que très rarement, pour ne pas dire jamais, à partir du lobe opposé. Ce qui devrait se cantonner à un rôle unique de réception puis de maturation, s’épuise à émettre, en voulant et en désirant puis en essayant de trouver le moyen de produire ce qui a été ainsi projeté.

Imaginez un architecte qui non-content de tracer les plans d’une maison, se mettrait en tête de la construire seul et entièrement ! Cet état d’esprit ne serait-il pas rapidement épuisant ? C’est justement ce qui se produit de nos jours et chez la plupart des gens. Ils perçoivent des informations, se croient obligés de les traiter mentalement puis cherche à savoir ce qu’il serait bon de… Faire ! En résumé, la moitié seulement de ce que nous pouvons être, se croit obligée d’assumer pleinement la vie humaine et ce, à tous les niveaux envisagés ou connus. La nouvelle question, naît du temps qui passe, du temps qui a obligatoirement passé, c’est de nous demander si la méditation, telle que l’enseignent les spécialistes, encore de nos jours, est bien adaptée à tout ce que nous savons, désormais et pour l’instant, au sujet du fonctionnement de notre esprit. Et dès lors, la réponse ne se fait pas attendre ! Aucune des deux formes proposées depuis des siècles, n’est en mesure de nous aider à dépasser le seuil mental qui est présentement le nôtre.

Le mode dit de méditation active est devenu non pas seulement obsolète mais surtout, contre-productif ! Posons-nous la question qui fâchera certains : « qui » médite vraiment, lors de la méditation active ? La réponse est sans appel :  C’est le « moi », évidemment ! Qui d’autres est depuis et toujours aux commandes et refuse de les lâcher ?  Quand vous méditez sur quelque chose, quelqu’un ou même sur un but à atteindre, votre mental est polarisé sur le mode émetteur. Autrement dit, vous ne faites que justifier le fait que ce soit le « moi » et le « moi » seul, qui puisse diriger les processus mentaux. Que vous cherchiez à obtenir des réponses ou des résultats, vous émettez alors au lieu d’être en situation de recevoir. Or, quel était le but de votre méditation, si ce n’est de recevoir ? Cela nous place dans la situation étrange d’une femme qui désire avoir un enfant, mais qui refuserait de faire l’amour, de peur de se laisser pénétrer ! L’être humain, à force de vouloir tout gérer, de peur de ne pas recevoir, ne reçoit presque plus rien et a réussi à justifier cette peur de ne rien recevoir, cela en dépolarisant la partie de son être mental faites pour réceptionner tous les trésors que le « Je », son autre polarité mentale, pourrait lui prodiguer.

Le « moi » humain est devenu une sorte d’accumulateur de données mentales. Il pourrait bien finir par ne vivre que d’idées et avoir surtout, simplement l’idée de vivre. Vivre en esprit est une chose, vivre en vérité en est une autre. Il est un fait que personne ne nous a jamais appris à nous servir des « deux bras » de notre mental, si l’on peut dire, l’un servant à demander, l’autre à recevoir. Nous pourrions épiloguer bien longtemps sur l’origine de cette ignorance de notre fonctionnement fondamental, de l’intérêt caché de fonctionner ainsi, du moins un certain temps, mais il nous semble plus rationnel et pratique de gagner du temps et d’aller au plus pressé. Le plus pressé étant de CESSER de fonctionner d’une manière qui a eu le temps de nous démontrer qu’elle ne fonctionnait pas, justement ! Mais les gens sont-ils prêts à reconnaître leur impuissance latente due à un mode de fonctionnement défectueux ? Là encore il importe peu de statuer pour autrui ou même pour la planète : le tout est de définir, pour nous-mêmes, si nous sommes prêts ou non à changer vraiment, à nous transformer radicalement.

Et pour la seconde forme de méditation, dite « passive » ? Nous dirons simplement que c’est sans doute la forme la plus vicieuse, puisqu’elle nous fait croire que nous pouvons effectivement nous montrer mentalement passifs. Mais il n’en est rien ! Car si passivité il y a, pourquoi ce désir soit de chasser carrément les idées jugées inopportunes, soit de s’en détourner afin de générer un hypothétique « vide mental » ? Le mental peut-il être vide ? Et vide de quoi, au fait ? De pensées ? Non. D’esprit qui remue sans cesse et selon sa nature ? Encore moins ! Rien n’est vide et ne peut l’être : les mouvements de l’esprit sont une constante universelle. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas conscience de quelque chose, que ce quelque chose ne se produit pas sans notre accord ! Détournez votre regard de l’horizon : ce même horizon vient-il de disparaître pour autant ? Les choses n’ont d’existence supposée qu’aussi longtemps que nous en avons conscience. Mais l’univers ne disparaît pas pour autant lorsque nous dormons ! Simplement, il ne se produit alors pas pour nous, et voilà tout.

Ainsi, que nous fassions quelque chose de précis, avec notre mental amputé d’une moitié, ou bien que nous faisions mine de ne rien faire, tout en faisant des choix sans même le réaliser (refuser les pensées), c’est TOUJOURS avec notre « moi » que nous faisons ces choses.

Et faire est ce qui court-circuite le « Je » et menace de surchauffe le « moi. » Un « moi » qui, désormais, désire autant qu’il refuse de comprendre qu’il n’obtient jamais ce qu’il désire vraiment. Mais ce « moi » a été implanté par une croyance aux effets désastreux : il est persuadé que, tôt ou tard, il réussira à obtenir tout ce qu’il veut et désire. La véritable foi a subi un transfert de polarité, que nous allons essayer d’expliquer en nous servant de notions certes arbitraires mais compréhensibles par tous. Au lieu que le mental humain ait foi en la vie, en Dieu ou en l’univers, il se croit obligé de n’avoir foi qu’en lui-même, en ses propres et seules capacités. D’ailleurs, tous les « moi » du monde, ou presque, sont persuadés d’avoir été abandonnés par Dieu ! Partant, comment pourraient-il encore lui faire confiance et faire appel à lui ? Certains s’écrieront qu’ils font confiance en Dieu, puisqu’ils le prient et l’exhortent de faire ceci ou cela pour eux. Partant ainsi et sans même le réaliser, du principe naïf que le Divin est trop limité pour connaître leurs besoins !

Il est dit, quelque part, que « Dieu est en nous, en tant que nous. » Cette phrase peut rassurer un moment, voire en inspirer quelques-uns. Pour un temps. Mais les plus malins pourraient aussi bien objecter que si Dieu est en nous, pourquoi nous laisse-t-il dans la panade et ne nous apporte-t-il pas son soutien inconditionnel ? Ceux qui se cachent derrière cette excuse apparemment logique, ont quelque peu éludé le reste de la proposition première. Certes, Dieu est en nous, très bien, mais il est également précisé : « en tant que nous » ! Et c’est cette seconde partie de la phrase qui pourrait en agacer plus d’un ! Serions-nous Dieu ? S’exclameront les plus moqueurs. Réponse : nous possédons quelque chose qui nous permet de nous y connecter, en tout cas. Observez une ampoule électrique. Pourriez-vous l’allumer seulement en connectant l’un de ses deux plots ? Non, vous devez connecter les deux plots, le plus et le moins, afin que l’ampoule puisse s’allumer.

De même, lorsque les deux pôles opposés mais complémentaires de notre mental sont correctement actifs, la divinité s’éveille en nous. Elle s’allume pour nous, car nous faisons partie intégrante de la totale divinité, même si nous n’en sommes qu’une manifestation. Imaginez une maison avec son compteur électrique. Ce dernier est prévu pour fournir 12 kW. Imaginons que la moitié seulement de cette énergie disponible (ou potentielle) soit employée, par différents appareils qui se trouvent être en fonctionnement dans cette maison. L’électricité, c’est Dieu. Chaque appareil branché manifeste cette divinité, sans en exprimer la totalité pour autant, car aucun appareil électrique ne consommera jamais 12 kW en une heure. Pourtant, chaque appareil branché a Dieu en lui et c’est ce qui donne un sens à ce qu’il est (un appareil électrique.)

Tout est double, toujours ! Si notre glande pituitaire possède deux lobes, il est essentiel que les deux puissent fonctionner correctement. Et lorsque le « moi » (pôle postérieur) cesse de vouloir tout gérer, faire au lieu de se laisser être seulement, alors le pôle antérieur peut prendre le relais. C’est leur fonctionnement conjoint et originel qui permet à l’électricité-Dieu de circuler en nous et de nous rendre divins.

Pour résumer :

Aucune forme de méditation, comme apprises par ailleurs n’est désormais utile. Mieux encore, méditer est devenu contre productif au mieux et peut même mettre un terme à notre évolution mentale et donc, spirituelle. Tant que c’est le « moi » qui pense et essaye d’agir, il ne fait que CUMULER les infos qu’il aimerait bien émettre. Mais il ne peut rien émettre ! Sa polarité le lui interdit ! Tout ce fatras de formes mentales poubelles demeure donc dans notre espace mental, nommé « Boule mentale. » Autrement dit, nous produisons sans cesse des processus mentaux inutiles qui s’accumulent dans notre espace mental puis, quand le contenu menace de déborder, il va se loger dans le subconscient, dans l’attente d’évacuation salvatrice. Ces évacuations salvatrices prennent la forme de nos rêves, aussi bien ceux apparemment logiques et organisés, que ceux qui semblent sans queue ni tête.

Quant à la méditation, qu’elle soit active ou supposée « passive », cela revient à interroger la partie intérieure de notre être en supposant qu’elle n’est au courant de rien, que ce qui se passe en nous, besoins et questionnements inclus, lui est étranger. C’est le fameux manque de foi en Dieu, qui s’appuie essentiellement sur le fait qu’aussi longtemps que le « moi » demeure actif, Dieu ne peut prendre le relais (par l’intermédiaire du « Je ».) Cela dit, est-ce qu’il existe une forme de méditation qui serait parfaitement adaptée à notre époque ? Il en existe une. Et bien qu’elle ne soit pas nécessaire, elle peut aider dans les premiers temps du moins. Elle consiste à s’asseoir en silence, en ne pensant à rien, mais en ne refusant rien non plus. Il suffit de ne pas chercher à attirer ni à réprimer les processus mentaux mais de « laisser venir » si quelque chose a envie de venir.

(Fin de l’extrait.)

 

Serge Baccino