La vie privée de nos schémas mentaux

La vie privée de nos schémas mentaux

Nota : ce texte est un extrait d’une ancienne conférence, ce qui explique le ton et le rythme différent, conservés pour l’occasion.

Nous pourrions et aussi bien, appeler cela la vie intime de nos schémas mentaux. Ou encore la vie privée de nos schémas mentaux, parce que la plupart du temps, ce n’est pas nous qui vivons, c’est eux qui vivent à travers nous et bien sûr, à notre place.
Mais c’est quoi les schémas mentaux, d’abord ?

Pour ceux qui n’auraient pas lu mes précédents articles ou même qui ont oublié le sens exact à donner à ces termes, un schéma mental, c’est une idée qu’on a mis dans notre tête et qui devient directrice par la suite. Par exemple, je suis petit, et j’ai mon papa qui me dit : « Tu sais, dans la vie il faut beaucoup travailler, il faut suer, il faut faire des efforts, il faut même tomber malade si tu veux arriver à quelque chose, sinon ça voudra dire que tu n’as pas fait d’efforts et quand on ne fait pas d’efforts et bien, on n’arrive à rien. »  

Et bien plus tard je vais m’épuiser dans le but d’arriver à quelque chose et, bien sûr, comme il s’agit d’un schéma et pas d’une vérité, je vais m’épuiser en vain. Autrement dit, j’aurai beau m’épuiser je n’arriverai à rien. Donc j’aurai l’impression qu’en fait, mon père ce qu’il voulait me faire passer c’est que j’allais faire comme lui, passer une vie d’épuisement en vain. Et pour finir, je n’arriverai à rien.

il y a d’autres schémas, bien sûr, qui sont un peu moins agréables on va dire, qui sont tout aussi négatifs ou destructeurs mais beaucoup moins agréables , du genre : « Dans la vie, tu n’arriveras jamais à rien, mon pauvre fils. » Ou alors : « Mais toi de toute façon, tu n’es pas bon, tu loupes toujours tout. » Alors bien sûr, ces idées sont dans notre tête, puis s’engramment, comme on dit, dans nos cellules, qui réagissent tel sur un disque dur qui se grave.

C‘est comme si on allumait Windows et au lieu d’avoir un Windows normal, effectif et qui peut être opérationnel, on a un Windows dont les images commencent à trembler. Ou encore le fameux écran bleu qui arrive. C’est le vrai foutoir, pourquoi, parce que de toute façon, en plus du programme, il s’est ajouté des sous-programmes qui mettent un peu la panique dans le programme, dans l’O.S. (l’Operating system), c’est-à-dire dans le programme de base.

Eh bien là c’est pareil : nous avons un O.S. quand nous naissons, nous avons un Windows on va dire, qui est en parfait état de fonctionnement, et on nous met des petits softs, des virus même. On peut appeler ça des virus, on peut appeler ça des Trojans. Des Trojans ou ces espèces de sous-programmes que les pirates mettent sur le disque dur de quelqu’un d’autre, de manière à commander ou piloter à distance son ordinateur.

De la même façon, les parents ont fait un peu ça. La vie, l’éducation en font de même. On a rencontré des gens qui étaient énervés, qui étaient en colère, qui ne nous aimaient pas, qui nous détestaient, peut-être. On ne saura sans doute jamais pourquoi, mais c’est ainsi. Possiblement, on leur rappelait quelqu’un qu’ils n’aimaient pas, et ils ont instillés en nous des virus, des Trojans, des Chevaux de Troie, etc. Et tous ces virus mentaux (on va les appeler virus mentaux ou schémas ou conditionnements mentaux) permettent à d’autres de nous « piloter à distance. »

Par exemple, chaque fois que l’on va voir notre mère, on a l’impression – alors qu’on a 40 ans et qu’elle en a 70 – on a l’impression qu’on redevient un petit garçon, que du coup on n’est plus bon à rien, que de toute façon, si maman ne nous dit pas ce qu’il faut faire, et même choisir notre femme, on va mal choisir notre femme, si on fait des enfants pas comme elle veut elle, comme elle l’a dit et quand elle a dit, les enfants seront loupés, l’éducation sera loupée. Bref maman sait tout mieux que nous. Voilà. Et pourtant on a 40 ans, n’est-ce pas ?

Et pourquoi ? Qu’est ce qui se passe ? C’est qu’on a un cheval de Troie, que maman a mis sans s’en rendre compte, la pauvre, parce que les parents ne sont pas des sales cons, n’est-ce pas, du moins, pas nécessairement. Ils peuvent être de braves gens, des gens qui sont très gentils, qui nous aiment même, mais bon voilà ; ils ont des programmations, et à leur tour, ils nous les transmettent. Parce que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Donc tous ces Trojans, ces virus, ces chevaux de Troie que nos parents nous mettent dans le corps, dans la tête, dans l’esprit, sans s’en rendre compte la plupart du temps (9 fois sur 10) eh bien après, ça nous évite de piloter nous-mêmes notre corps, c’est eux qui pilotent à notre place.  On appelle aussi cela « de la manipulation mentale. »

En réalité, ce ne sont pas nos parents, qui nous manipulent ainsi, mais les Trojans, les  Chevaux de Troie qu’ils ont mis à leur insu dans notre corps. Dès lors, nous ne sommes plus libres. Alors qu’est-ce que nous faisons  ? On évite d’aller voir papa, d’aller voir maman, alors que par ailleurs on les aime, parce que chaque fois qu’on revient de chez eux, on est soit vidé, soit énervé, on a l’impression d’être une merde, on a l’impression… alors qu’en fait, c’est simplement qu’à chaque fois que nous allons les voir, les virus, les Trojans et surtout les chevaux de Troie, de dormants qu’ils étaient, s’éveillent tout à coup.

À ce moment là, il y a tous les petits militaires qui étaient cachés dans le cheval, qui sortent et qui attaquent. Ils foutent la panique dans notre équilibre psycho-énergétique et surtout, au sein de notre équilibre mental et nerveux. Donc voilà; c’est un peu ça, les schémas. Les schémas vivent en nos lieux et places, ce sont eux qui vivent, qui s’expriment, pas « qui nous sommes vraiment. » Chaque fois que l’on dit à quelqu’un : « Au fait, tu es bon pour faire ça ? » La personne, avant même de pouvoir répondre spontanément, c’est papa ou maman qui va le faire à sa place, qui va dire et par exemple : « Ah, tu sais, bon… bon… Je n’en sais rien parce que dans la vie, à quoi sommes-nous bons finalement ? » Mais en vérité, c’était maman qui disait cela. Et cela nous a marqué. En profondeur.

Ou encore, nous allons nous entendre répondre : « Ah tu sais, j’ai essayé souvent mais j’ai vraiment du mal…» Et cette fois, c’est papa qui répétait cela. Ce n’est que rarement nous, en tant que nous (ou Soi) qui pense puis exprime ces choses. Ce sont ces petits programmes qui répondent à notre place, qui vivent à notre place, qui nous empêchent d’être spontanément nous-mêmes, d’être cette conscience de Soi, voyez-vous ?

Nous traitons de toutes ces choses, dans ce que nous enseignons, mon épouse et moi-même, enseignement qui s’appelait préalablement « la Voie de la Siddha ». Termes qui ne signifient pas la voie de la perfection, comme le traduisent certains (qui feraient mieux de traduire leurs parents en justice.) La voie de la Siddha n’est pas la voie de la perfection : c’est la voie permettant d’être parfaitement soi. Quand on est vraiment Soi, sans fioritures ni ajouts ou retranchements inutiles, alors tout est parfait. Nous sommes parfaitement nous-mêmes. Ce qui est très différent, vous en conviendrez. Cette philosophie initiatique est un chemin qui va du moi au Soi. Il s’agit donc d’un chemin qui n’est pas très long, on va dire qu’il fait un mètre environ, de notre nombril jusqu’à notre cerveau. C’est une énergie vivante et consciente qui fait le chemin à notre place.

La voie de la Siddha est un cheminement conscient qui va du « moi », qui est un état de conscience programmé, au Soi, qui n’a plus aucune programmation, et qui exprime librement « qui nous sommes vraiment. » La voie de la Siddha nous permet de devenir parfaitement nous-mêmes, et non pas parfait, comme précisé en amont. Il y a une différence entre « être parfait » et « être parfaitement soi-même. » Certains orientalistes ont commis à ce sujet (et à quelques autres) une très mauvaise traduction.

Pour quelques-uns sans doute, cette formulation peut sembler un brin décevante. Ainsi, nous pourrions seulement incarner un être humain simple, agréable, patient, aimant et compréhensif ? C’est déjà pas si mal ! Ne pas être (ni chercher à devenir) une personne extraordinaire, est assez reposant, somme toute. On n’a pas des éclairs qui sortent des yeux, on ne fait pas tomber les murs en tendant simplement les mains, comme dans les films de Marvel.

Nous ne sommes pas des mutants mais simplement nous-mêmes mais toutefois, vraiment nous-mêmes. Et là croyez-moi quand je vous dis que quand on est soi-même,  on est heureux. Il n’y a rien de plus agréable, il n’y a rien de plus bénéfique que d’être soi-même. A l’inverse, il n’y a rien de plus désagréable, il n’y a rien de plus maléfique que de ne pas réussir à être soi, et d’ouvrir la bouche pour dire un truc gentil et de s’entendre dire des choses dont nous devrons avoir honte plus tard, alors que ce n’était ni le but ni même notre intention première et véritable. Réaliser que ce sont nos schémas qui vivent et qui s’expriment à notre place, est quelque chose de terrible. Plus terrible encore serait de ne pas le réaliser !

(fin de l’extrait.)

 

Serge Baccino