Quelle volonté

Quelle volonté ?

 

 

Dès l’enfance, on nous dicte une volonté autre que la nôtre. D’abord les parents, puis l’enseignement et/ou la religion, puis un employeur et bien entendu, la loi et l’état, avec toutes ses contraintes. Dès le départ, l’être humain est soumis à une autre volonté que la sienne, et sa seule chance d’être «heureux» (ou de réussir à se le faire croire), c’est de satisfaire au mieux ces diverses volontés, dans le but d’en retirer quelque bénéfice (satisfaction, encouragements, récompenses, etc.)

 

 

Partant, l’être humain devient si dépendant de cette résistance à l’effort d’une éventuelle volonté propre, qu’il se retrouve très vite confronté à deux choix : soit continuer ainsi à satisfaire tous ces « dieux » (autorités autres que la sienne), soit il s’en sert pour grandir, pour muscler son âme et la rendre apte, un jour, à déborder cette force d’opposition. Dans le premier cas de figure, la personne « s’éteint » au profit de la volonté autre. Dans le second cas de figure, la personne réussit, intérieurement, à dépasser toutes ces volontés annexes et se confectionne ainsi une solide individualité.

 

 

1. Que veulent les parents, au départ ? L’argument général de base est « le bonheur de mes enfants. » Mais comme ces enfants consistent en fait et à leurs yeux en leur propriété (« mes » enfants), c’est donc au parents et toujours selon eux, qui échoit le rôle de définir ce qui est bon ou pas pour « leurs » enfants.

Autrement dit, savoir ce qui est bon pour l’être qui se propose d’apparaître ainsi, passe par le savoir déjà acquit des parents. Dès lors, il n’y a pas « production » d’une personnalité nouvelle autant qu’originale, mais reproduction de personnalités (pluriel) anciennes et à l’origine de la méthode d’apprentissage et de son contenu.

 

 

2. Que veux l’enseignement scolaire ? Fournir à tous un enseignement unique au sujet de croyances, d’expériences et d’évènements, appartenant à d’autres, vécues par d’autres et s’étant produit selon le témoignage d’autrui. En somme, un enseignement plus que de seconde main seulement, ayant pour but évident de construire une pensée unique impossible à éluder, puisque l’avenir professionnel et social des étudiants, dépendra pour une large mesure, de leur capacité à retenir ce qui a été enseigné, et de leur degré d’alignement sur ce qu’ils en auront compris (actes concordants exigés.)

 

 

3. Les croyances religieuses : l’être apprend qu’il existe un Dieu au-dessus de lui qui, s’il est censé représenter l’amour inconditionnel (sic) n’en souhaite pas moins et très fort, que l’homme s’aligne sur les séries de commandements qui jalonnent l’enseignement religieux, quel qu’il soit. Évidemment, l’être n’a pas les moyens d’un accès direct à cette fameuse déité, car il doit absolument, sous peine de rejet voire de représailles, passer par ceux qui seuls, connaissent la volonté de Dieu et s’en font les uniques exécuteurs testamentaires. En somme, non pas une simple croyance directe, mais là encore, une croyance « par procuration » et de seconde main, si ce n’est pire.

 

 

4. Un employeur est celui grâce auquel nous pouvons accéder à cette forme étrange de « dignité » qui consiste à gagner notre vie honnêtement, grâce à nos efforts, certes, mais aussi (surtout ?) grâce au fait que d’autres ont cette chance inouïe de posséder déjà l’argent qui nous manque encore. Ici, l’obtention de ce qui nous permet de vivre dignement et sereinement, passe par le devoir de gagner un argent qui, au préalable, appartient à un autre. Ce qui a pour principal effet (voulu) de nous placer, psychologiquement parlant, plus ou moins à la merci de la volonté, voire des caprices, de cet employeur.

 

Pour être payé en retour, il ne faudra pas se contenter de fournir un travail convenu par avance : il faudra surtout obéir et répondre aux caprices éventuels de cet employeur. L’idée est donc qu’il n’est pas possible de gagner de l’argent qui n’appartienne à personne, mais bien d’obtenir celui qui appartient déjà à un autre. Ce concept est à la base de tous les abus des employeurs commis sur son/ses employés. Employé qui, désormais, « s’emploie » surtout à satisfaire un autre que lui.

 

Nota : ce soudain engouement, depuis quelques années, de vouloir « se mettre à son compte » afin de passer outre la déité nommée « employeur », découle d’un sentiment de dépendance et d’un besoin viscéral (et heureux par ailleurs) de s’en défaire au plus vite. Hélas, on ne se défait pas d’une programmation mentale en tentant d’agir ou de réagir à l’extérieur ou socialement ! Résultat, les gens qui croyaient s’être libérés d’une contrainte (ici un employeur), se retrouvent aliénés de nouveau par une autre. Car l’employeur exigeant est alors remplacé par des clients qui ne répondent pas aux attentes pourtant légitimes du prétendu acteur à sa propre liberté (mauvais payeur, clients trop exigeants, etc.)

 

 

Serge Baccino