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Karma divin vs Karma humain
Commençons par un passage de la Bible, qui est, à nos yeux, un manuel de psychologie comportementale à l’attention de l’être humain, plutôt qu’un livre religieux. Selon les écritures, Jésus aurait dit, sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » On suppose qu’il est ici question de ceux qui l’ont mis sur cette croix. Mais posons-nous cette question logique : pourquoi demander à son Père, qui est dans les cieux, de leur pardonner à eux, qui sont sur Terre et qui y végètent en toute inconscience ? Nous pourrions tout autant questionner ainsi : « Qu’est-ce qui se passerait si Jésus n’exprimait pas cette prière d’intercession ? »
Est-ce que, sans l’intervention du Fils, le Père punirait sévèrement les hommes pour avoir osé toucher à son fils unique ? Mais d’abord, qu’est-ce que ce fameux « Fils Unique » ? Jésus ? Pas vraiment. Le Christ en Jésus ? Plus probablement. Ceci à la condition que l’on remplace des termes bibliques tels que « Seigneur » ou « Christ », par « Conscience de Soi. » Mais si Jésus était un Christ, à qui s’adresse la supplique ? Réponse : à un Christ plus grand ou, plus prosaïquement, à tout le reste de la Conscience. Jésus était conscient, certes, mais il ne pouvait pas, à lui tout seul, incarner la Conscience Globale Christique, c’est-à-dire « Toute la Conscience. »
Nous comprenons déjà que Jésus ne fait, en somme, que d’adresser sa supplique à « Lui, plus Haut », si l’on peut dire. La conscience parle à la Conscience. Il nous reste encore à comprendre pourquoi il était seulement utile de réclamer l’indulgence d’un niveau supérieur, au sein de cette entité multidimensionnelle dont les racines terrestres ont pour nom « Jésus », c’est-à-dire « Yéshua » en Hébreux, ce qui signifie « Je Suis » On sait qu’il est ici question de conscience, et cela est primordial pour quiconque tente de comprendre le sens profond des présents propos.
En l’occurrence, il s’agit plus de comprendre que de cautionner. Être d’accord ou non avec un état d’esprit importe peu, puisque ça ne lui retire pas pour autant le droit d’exister et, surtout, le pouvoir d’invoquer des états d’esprit connexes ou complémentaires. Le nombre de personnes qui se basent sur leur connaissance très incomplète du fameux « Karma » pour affirmer qu’il existe une sorte de « Justice Divine » qui punit les méchants et récompense les gentils, est proprement faramineux ! Nous aurions presque plus de facilité de compter ceux qui n’y croient pas du tout ! Même si ceux qui prétendent « ne pas y croire », étaient bien en peine d’expliquer intelligemment, en quoi ils ne croient pas ainsi !
Le problème est peu ancien, sans doute deux, trois cents ans, au maximum, et il est né de la connaissance insuffisante des premiers orientalistes. Certes, la plupart connaissaient le sanskrit. Du moins en connaissaient-ils « la lettre » mais pas l’esprit. Il ne suffit pas de maîtriser une langue pour maîtriser, du même coup, l’esprit de cette langue, ses finesses, ses non-sens apparents qui cachent plus qu’ils ne révèlent, etc. Ceux qui ont cru utile d’étudier la culture en même temps que la langue sanskrite, ont causé autant de torts que pourrait en causer un étudiant, deux ans après le BAC et ayant pris « sanskrit » pour seconde langue.
Quand on pense qu’un tel étudiant traduit « Bod-Yul » par « éclaireur de village », on a compris l’essentiel de la méprise indo-occidentale en matière de spiritualité. Un « Bod-Yul » est un être assez éclairé et conscient pour être capable d’éclairer le moindre état d’esprit des autres. Il n’allume pas des réverbères dans une cité : il éclaire « les constructions mentales » d’autrui, comme il réussit à voir clair au sujet de ses propres états d’esprit. Mais laissons cela. Dans un autre article, nous avons déjà expliqué que le mot « Karma » pris isolement, ne signifiait pas grand-chose, si ce n’est « mouvement ». Dans les textes antiques dignes de foi, nous trouvons ce mot accompagné d’un autre « Chitta », qui signifie « esprit ».
Il est question, ici, de ce même esprit qui nous sert à penser et qui, excusez du peu, est à la base de toutes les formes mentales ou « matérielles » de l’univers. C’est à ce titre qu’il est dit que l’esprit est créateur : formuler une idée précise, revient à commencer à rassembler les particules de Lumière qui, ensuite, donneront naissance aux électrons, aux atomes, aux cellules, etc. Penser est donc un acte créateur. Nous pensons constamment, mais fort heureusement, nous ne construisons pas, pour autant, de la matière solide à chaque idée qui nous visite. Pour que la pensée devienne créatrice, il est nécessaire de rassembler certaines conditions.
Premièrement, nous devons avoir un esprit cohérent et concentré. Nous devons aussi avoir une très nette idée du but à atteindre. De plus, il nous faut penser souvent (rythme) et longtemps (durée) à ce que nous désirons vivre et expérimenter, au sein de la matière. Les pensées qui sont trop nombreuses et différentes, qui sont brouillons et qui ne conduisent à rien de concret, n’ont assurément que très peu de chance de s’incarner ou de produire quelque évènement que ce soit. En somme, le fait d’avoir un esprit brouillon et d’être incapable de se concentrer plus de quelques secondes sur une même idée, protège plus qu’il ne punit l’être humain.
Un être humain qui serait dans de beaux draps si tout ce qui lui passe constamment par la tête produisait subitement des effets physiques ou matériels ! On dit que les gens négatifs se créent une vie peu enviable. C’est loin d’être complet ni même exact, comme affirmation ! En vérité, si la pensée dite « négative » ou même morbide, n’est pas dense, concentrée et orientée dans un but unique, il y a très peu de chance pour que quelque évènement désobligeant puisse en résulter. De même pour celles et ceux qui s’étonnent en prétextant qu’ils sont généralement « positifs » mais que cela ne leur apporte rien de nouveau.
On peut être ponctuellement très négatif ou follement positif, et ne rien « déranger », véritablement, au sein de notre mouvance mentale. C’est là que la juste compréhension des deux mots sanskrits « Karma » et « Chitta » prennent toute leur valeur ainsi que leur importance ! Si on ajoute « esprit » juste après « mouvement », il devient facile de comprendre que le fameux « Karma » s’adresse uniquement aux effets concrets ou durables des mouvements de l’esprit d’un être humain. De tous les êtres humains s’entend. Dans certaines traditions différentes, il est dit que « Nous devenons ce que nous pensons » et, plus sobrement, que « nous sommes ce que nous pensons. »
En effet, qu’importe de devenir, si on ignore ce que l’on est déjà ?
Et déjà, nous pensons, nous avons un état d’esprit général, à savoir qu’il est possible de définir « dans quel état » est notre esprit. Non pas de prétendre qu’il est négatif ou positif, ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais plutôt si nos processus mentaux, nos « mouvances mentales » nous apportent quelque chose ou nous évitent le meilleur. Selon ce que vous pensez, le plus souvent et le plus longtemps, selon l’importance et donc, le degré d’attention mentale que vous allouez à vos processus mentaux les plus récurrents, il est possible de deviner « dans quel état » est votre esprit.
En fait, le contenu de votre mental, ce qui est plus exact. Car c’est votre mental qui contient des « formes », du même nom (mentales) et qui donne la mesure exacte, par exemple, de votre capacité à vous débrouiller seul dans la vie ou de dépendre des autres pour exister. Le fameux « Karma » n’est ni juste ou injuste : de telles considérations relevant bien plus de l’idéal humain que d’une supposée « justice divine. » Du coup, vous pouvez vivre tel un véritable saint et subir les pires exactions, être pauvre, malade et mourir dans la plus grande misère ou bien être un véritable démon, un monstre de cruauté et vivre riche, en bonne santé et mourir paisiblement, à un âge avancé, entouré de ceux qui vous aiment ou ont du respect pour vous.
Nous ne prendrons aucun exemple que l’actualité nous propose pourtant à loisir, afin de ne pas froisser la susceptibilité de ceux qui préfèrent ignorer la vérité plutôt que d’être rejeté par leurs pairs. À présent, pointons plus directement notre fameux Karma. Untel a été profondément mauvais, il était cruel et détruisait tout ce qui ne pouvait pas devenir sa possession ? Sera-t-il puni, ici bas ou dans l’au-delà au moins ? Voici deux questions en retour : Pourquoi serait-il puni ? Et par qui ? Pour ce qu’il a fait ? Aviez-vous seulement remarqué que ce qui a été fait l’a été et que rien ni personne ne s’y est opposé ? S’il y avait une justice divine ou bien un « Karma », même dans leur version naïve ou idéalisée, il y aurait surtout « intention », volonté que seul le Bien prédomine, ou quelque chose comme cela.
L’esprit universel n’a pas de but ou d’intention : il se prête à la moindre création mentale (idéation), que cette dernière soit « lumineuse » ou bien « noire et cruelle. » L’esprit n’est pas quelqu’un : il est la seule chose qui soit, ce qui est très différent. Mais ce qui implique surtout que l’humain n’a d’autre option que de s’aligner sur son fonctionnement, au lieu d’attendre bêtement que ce soit l’esprit qui le fasse. Dans la Bible, il est mentionné ce léger détail : « Dieu est esprit et c’est en esprit et en vérité qu’il vous faut l’adorer. » (Évangile selon Jean, chapitre 4, verset 24) Dieu est esprit ? L’esprit ne juge jamais pour nous et à notre place ? Alors Dieu non plus. Adorer l’esprit ? Oui, à savoir, se satisfaire de son fonctionnement, apprendre à l’accepter, à le respecter puis à l’aimer.
Voire à remercier chaleureusement pour son mode de fonctionnement qui nous laisse tous plus libre que ce que nous sommes capables de le supporter ! « En esprit et en vérité » ? Évidemment ! Nous devons penser pour créer, pas penser pour penser. « En esprit » signifie ici « En théorie. » « En vérité » signifie évidemment « qui donne des résultats concrets. » Des résultats concrets et, si possible, profitables à l’être humain ! Ce qui est la moindre des choses nous semble-t-il. OK, mais si le Karma se résume, et c’est bien le cas, aux mouvements de notre esprit et de ce qui peut éventuellement en résulter dans notre vie de tous les jours, alors cela signifie que c’est nous qui nous faisons du bien et que c’est également nous, qui nous faisons du mal.
En fonction de la nature et du degré d’utilité de nos processus mentaux. Voyez-vous où cela nous mène inévitablement ? Cela nous mène ou, plus exactement, nous ramène à la conscience. Comment savoir si ce que nous pensons sans cesse est à la fois ordonné, logique et cohérent ? C’est simple : quand c’est le cas, il arrive des choses. Et nous pensons immédiatement qu’il « nous » arrive ceci ou cela. L’identification aux processus mentaux provient d’ailleurs du fait que la personne reconnaît être à l’origine de ce qui, ensuite, se propose à elle. Un peu comme si elle se disait : « Oui, cela m’arrive à moi, puisque c’est moi qui ai créé cette condition mentale puis ces évènements, du fait de mes processus mentaux. »
En réalité, à nous, il ne nous arrive jamais rien ! L’esprit produit toutes choses, pas nous ! Si on s’attribue les effets des mouvances de l’esprit en nous, c’est parce que nous croyons « posséder » un esprit individuel, bien à nous. En vérité, c’est l’esprit qui nous possède et il n’appartient à personne en particulier, bien qu’il puisse être employé et partagé par tous ceux qui pensent la même chose ou presque. Ainsi, il n’y a pas de Karma dans le sens de rétribution ou de punition : il n’y a que des processus mentaux plus ou moins autonomes, plus ou moins conscients. Lorsqu’ils deviennent conscients, nous sommes en mesure d’établir une relation directe entre nos actes et les pensées qui les ont fait naître.
Si actes et pensées nous paraissent légitimes, utiles et justes, alors nous sommes satisfaits ! Si, et à l’inverse, ils nous paraissent inappropriés, voire désastreux, nous culpabilisons. C’est cette culpabilité qui devient notre Karma. Le Karma selon les spiritualistes, devrait être le fait d’être assez conscient pour réaliser nos fautes puis pour culpabiliser à l’idée de tout ce qui en a résulté. Pour cela, il est nécessaire d’être conscient et pas seulement programmé ! Quand à celui qui commet des actes répréhensibles mais qui n’a pas conscience de ce qu’il produit ainsi, il ne peut y avoir présence de karma puisqu’il n’y a pas (encore) présence de conscience.
Serge Baccino