|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Une des mauvaises associations d’idées
On lit souvent, sur les réseaux sociaux tels que Facebook, par exemple, que « nous devons réagir ou agir au plus vite. » C’est d’ailleurs pour cette raison que les fameux « lanceurs d’alertes » s’en donnent à cœur joie, n’hésitant pas à dresser un tableau apocalyptique d’un futur dans lequel nous regretterions tous ne pas avoir choisi d’agir, alors qu’il en est encore temps. Le plus étonnant est que lorsque nous prenons connaissance du contenu de l’alerte, on en vient très vite à se demander s’il est vraiment possible d’agir ou de réagir, au vu des évènements catastrophiques qui se produisent à notre insu.
À une époque pas si éloignée de cela, ces mêmes lanceurs d’alertes se contentaient encore de faire savoir ce qui « pourrait » arriver, moyennant quelque terrible prophétie, au cas où personne ne faisait au moins mine de les prendre au sérieux. À présent, ces mêmes alerteurs n’agissent même plus pour prophétiser dans l’espoir de nous faire surtout peur, faute de pouvoir réagir : à présent, ils nous expliquent ce qui est déjà arrivé et à quelle sauce piquante nous allons tous être mangés. Un peu comme si, par esprit revanchard, leur but actuel était devenu de nous culpabiliser de ne pas avoir « bougé », comme ils disent.
Il ne leur vient même pas à l’idée que si les gens n’ont pas pu ou n’ont pas su comment « bouger », c’est qu’ils s’avéraient incapables de trouver un moyen de le faire, ou plus simplement, de réagir, certes, mais en fonction de la situation réelle et avec un minimum d’intelligence. Insulter un paraplégique rivé à son fauteuil roulant sous prétexte qu’il refuse de se lever et de marcher, n’a rien d’intelligent. Le plus savoureux, c’est quand on demande froidement à l’un de ces lanceurs d’alertes ce qu’il fait lui-même pour réagir et pour agir ! La réponse est souvent d’un ridicule absolu : « Mais moi, j’informe les gens, cher Monsieur ! Mais vous, que faites-vous de votre côté ? » Et là, si on répond, même sans rire : « Moi ? Je vous écoute m’informer à propos de ce que vous nous demandez de faire, pour vous et à votre place ! Et à force de m’informer de la sorte, je réalise surtout que je suis incapable de satisfaire à votre demande. Ce que vous auriez pu réaliser vous-mêmes il y a au moins cinq ans. »
Il y a en effet une différence notoire entre le fait d’informer et celui d’en vouloir à ceux qui n’ont pas pu ou su tenir compte de cette information. À l’évidence, pour qui sait voir sans passion inutile, l’ex lanceur d’alerte est devenu surtout un harceleur professionnel, incapable de se suffire à lui-même et qui dépend complètement des autres pour avoir le sentiment d’avoir été utile, si ce n’est un héros de la révolution mondiale. C’est généralement à ce moment qu’il vous place ce qu’il croit être sa botte secrète : « Et vous attendez quoi ? Un sauveur, un Messie qui agira pour vous et à votre place ? » Ici, une allusion facile à un certain homme politique de renommée mondiale et qui s’est donné pour mission de changer le monde.
Voilà une réplique des plus cocasses, surtout quand on a compris cette vérité que ces gens ne vivant plus que de négativité, dépendent désormais des autres pour en sortir ! En effet, si les gens bougent, comme ils disent, ils espèrent que les choses vont changer et qu’eux-mêmes pourront retrouver la paix. La fameuse « botte secrète » se résume donc à une sorte d’inversion accusatoire du plus bel effet, puisque c’est lui, l’alerteur, qui a un besoin vital que les autres répondent à ses attentes frustrées. Hélas, la paix, la véritable paix, qui est intérieure et donc, relative au fonctionnement harmonieux de l’esprit, ne dépend ni d’un « sauveur » extérieur, ni même du fait que des gens, sans doute respectables par ailleurs, sont traités de tous les noms d’ovins et d’oiseaux parce qu’ils osent ne pas réagir… Surtout aux lanceurs d’alertes !
Bien sûr, il existe encore mais ils sont rares, des informateurs qui se contentent non pas d’interpréter les évènements au pire, ni d’attendre des autres qu’ils agissent dans un sens ou bien dans un autre, mais qui donnent un avis éclairé sur l’actualité, qui savent faire ressortir « ce qui fonctionne déjà », au milieu de tout ce qui avait cessé de fonctionner comme il se doit. Mais là n’est pas notre propos du jour. Ce que nous désirons soumettre à l’attention de celles et de ceux qui savent toujours se servir de leur tête, est que bien souvent, nous devenons les esclaves de certaines associations d’idées qui s’avèrent rapidement pernicieuses ou qui ne servent en rien nos intérêts.
L’exemple le plus frappant et qui s’inscrit parfaitement au cœur de notre actualité planétaire, est celui de l’attente. Le mot attendre doit être considéré comme si faible qu’il est nécessaire de lui adjoindre un complément. Si nous attendons, c’est forcément quelque chose ou quelqu’un ! Ce qui, en plus d’être inexact, est quelque peu risqué. Le besoin viscéral de manipuler son prochain, faute de réussir à se changer soi-même, peut se servir à loisir de cette association d’idées que nous dénonçons fermement ici. En effet, si une personne attend quelque chose de quelqu’un, si ce dernier ne répond pas assez vite à ses attentes, elle va employer cette arme psychologique issue, comme bien d’autres, du phénomène d’inversion accusatoire.
Cette arme est : « Tu attends quoi ? » Question pernicieuse s’il en est, car dans le fait, la personne ne sait pas ou ne peut pas comprendre ce qui est attendu d’elle. Le moment de flottement qui en découle ne consiste pas en une attente quelconque mais le demandeur peut en profiter pour questionner à ce propos : « Tu attends quoi ? » La meilleure réponse, en plus d’être vraie ainsi que la plus spontanée, est évidemment « Rien… Je n’attends rien… » Du coup, le bâton est offert pour se faire frapper : « Alors, si tu n’attends rien, bouge-toi un peu ! » Sous attendu : « dépêche-toi de répondre à mes attentes, même si tu n’as pas tout saisi, ce qui est plutôt une bonne chose qui me laissera un ascendant psychologique sur toi ! »
Dès lors, rien n’est plus facile que de pouvoir « reprendre », c’est-à-dire réprimander la victime qui, on s’en souvient, hésitait, seulement parce qu’elle n’avait pas bien compris ce que l’on attendait d’elle. Elle n’attendait rien : elle essayait seulement de comprendre. Or donc, attendre est, pour ainsi dire, une fin en soi. Certes, nous pouvons attendre un ami, le métro ou bien que la journée se passe, parce que nous sommes las. Si on pose cette question à un passant : « Qu’attendez-vous ? » il va vous regarder d’un œil curieux et vous demandera : « Attendre… Mais attendre quoi ? » Et si vous lui répondez « Attendre, tout simplement. » La personne sera tentée de reprendre son chemin, supposant que l’on veut se jouer d’elle.
La question est devenue celle-ci : « Sommes-nous encore capables d’attendre, tout simplement ? » Voilà de quoi réfléchir, n’est-ce pas ? Attendre… Oui, mais… Quoi ? Ou qui ? Pourrions-nous attendre pour attendre, par exemple ? Drôle de question, n’est-ce pas ? Pourtant, quand vous convenez qu’il serait souhaitable d’agir (pour n’importe quoi, dans n’importe quel domaine) mais que vous ne savez pas comment le faire ou même, quand vous constatez, honnêtement, que vous êtes incapable de le faire, dans quel état ou dans quelle condition mentale vous trouvez-vous alors ? Réponse : vous êtes alors dans le mode « attente. » Tout le monde a vécu, vit ou vivra ce mode, plus ou moins conscient, selon les cas.
Examinons la chose de plus près. Dans le premier cas, vous ne savez pas quoi faire, OK ? Est-ce à dire pour autant que vous avez abandonné tout espoir de trouver un moyen d’action ? Certainement pas ! Vous êtes alors en mode passif, puisque vous ne savez pas quoi faire et que, pour le moment, vous ne tentez plus rien. Pour le moment. Et tandis que vous êtes en mode passif, vous êtes surtout en mode réceptif ! Et croyez-le si vous le voulez, mais si votre partie extérieure et active que l’on nomme « le moi » humain, se tait, ne serait-ce que quelques minutes, la partie intérieure ou le « Je » peut alors se mettre en branle et vous soumettre une solution.
Qui n’a pas fait cette expérience étonnante d’en être presque à se décourager d’agir, faute de moyens perceptibles et qu’au dernier moment, il jaillisse de vos tréfonds une solution claire, pour ne pas dire lumineuse (ou géniale) ? Ceci est bien connu des véritables spiritualistes et, bien sûr, des ésotéristes dignes de cette appellation. Cela fait partie, pour certains, de la fameuse « loi d’attraction », tandis que pour d’autres, il s’agit d’une autre loi qui implique un stade actif suivi d’un stade passif pour qu’il puisse y avoir manifestation. Autrement dit, et pour ne retenir que la dernière loi évoquée précédemment (mode actif/passif), après avoir tenté le possible, c’est-à-dire le connu, ce que nous savons pouvoir faire ou non, il faut… Attendre ! Attendre quoi ? Ni quoi, ni qui : juste attendre !
L’idée est de se mettre dans un état de disponibilité mentale, de ne pas souhaiter, visualiser ou vouloir, ce qui placerait le mental en mode actif et repousserait donc toute réponse désireuse d’entrée en nous. Attendre ne nécessite pas d’accessoires mentaux ou même émotionnels. Attendre est un état d’esprit, un mode de réceptivité persistant, en somme. Attendre n’est pas un acte mais un « laisser-aller » des plus reposants pour notre mental. Quand nous discutons avec une autre personne et que cette dernière nous dit « Tu ne connais pas la nouvelle ? », durant quelques secondes au moins, notre esprit est vide. Vide de mouvements précis et ordonnés. Car, nous ne connaissons pas la nouvelle. D’ailleurs, nous ne connaissons jamais rien de nouveau, car rien n’est vraiment nouveau !
Mais une chose peut l’être au moins pour nous. Alors, tandis que nous attendons de connaître cette fameuse « nouvelle », notre mental est en mode passif. Il n’attend rien de précis : simplement, il attend ! Ainsi, et pour en revenir à nos chers manipulateurs mentaux déguisés en journalistes spécialisés en catastrophes en tous genres, demander à une tierce personne « ce qu’elle attend » est déjà une preuve que le premier désire manipuler la seconde. Qu’est-ce que nous attendons ? Drôle d’affirmation, déguisée sous la forme vicieuse d’une prétendue question ! Pourquoi devrions-nous attendre… Quelque chose ? Et le questionneur, lui, il attend quoi pour cesser de tout attendre des autres, de les charger d’agir à sa place mais selon ses propres vues ?
Qui est le plus lâche, finalement : celui qui ne répond pas (ou plus) aux attentes frustrées d’autrui, qui est en « mode attente » et qui sait que, tôt ou tard, une intuition géniale lui dictera son chemin, ou celui qui espère que d’autres vivront sa légende personnelle, pour lui et à sa place ? Faites-vous plaisir ! Faites-vous du bien : n’associez plus rien après le mot « attente » et ne laissez à personne le pouvoir diabolique de vous questionner à propos de ce que vous faites ou non. Vous n’avez pas à vous justifier : vous êtes déjà « juste » (uniquement) ce que vous êtes et ce n’est que justice de l’incarner sans vous soucier des errements mentaux d’autrui.
Serge Baccino